Garder - Anne LuthaudComme un mensonge - Anne Luthaudles épinards crus - Anne LuthaudDominique Vital

Pierre et son double ou Pierre et son contraire… Pierre « et … est » Pierre.
Est-ce bien de cela qu’il s’agit, du même être ?

GARDERPierre le narrateur qui rencontre ou imagine ce qu’il pourrait être. Pierre, le gardien accidentel du phare, qui s’abîme dans la mer, s’en pénètre, s’en nourrit jusqu’à ne plus rien vouloir d’autre que de la contempler, pour, non pas oublier Louise, mais la garder en lui, à travers chaque moment de son quotidien solitaire qui le transporte dans le souvenir de Louise, à travers aussi les histoires d’amour que lui racontent les autres.

Pierre, le marin qui a abandonné la mer, qui s’est fait livreur de bois-de-la- terre, qui a fui dans la folie, avant de disparaître n’importer où, en Asie, ç’aurait pu être en Afrique, pour oublier Alice.

Pierre le narrateur, l’écrivain, a trouvé refuge dans sa folie à lui, celle où le réel et la fiction s’entremêlent si profondément qu’elle permet de survivre. Pierre le marin, l’homme qui ne savait que vivre, a trouvé refuge dans sa folie, la vraie, celle où l’on vient chanter chaque jour face à la mer, dans la négation des autres, celle du délire et de la seule solitude.

La quête de Pierre l’écrivain est non pas la quête de Pierre le marin, mais le prétexte à chercher ce que finalement il ne trouvera pas : le pourquoi du départ de Louise, qu’il préfère imaginer morte que vivante sans lui, le même pourquoi que n’a cessé de répéter Pierre le marin dans sa folie déclarée. La quête de Pierre l’écrivain c’est en même temps la quête de ce qui lui permet de construire son monde à lui, celui qu’il est en train de recréer parce qu’il lui convient mieux que la réalité.
Enfin Louise apparaît, bien vivante, tout comme l’est Alice. Et Louise nous apporte une réponse, à nous lecteur, qui peut-être n’en n’est pas une…Sa réponse est que Pierre, l’écrivain, n’a pas su faire autre chose avec elle que de se raconter leur histoire au lieu de la vivre, qu’il n’a su que s’emmagasiner des souvenirs pour plus tard, peut être écrire une histoire… Elle, Louise vivait, du moins c’est ce qu’elle écrit, demeurait attentive à Pierre, comme elle est demeurée attentive aux êtres et aux évènements de son voyage en cargo. Mais, ce qu’il y a de parfaitement inattendu c’est que Louise, finalement, succombe elle aussi à la passion de l’écrivain, celle qui pousse à vampiriser (ce sont ses mots) les autres pour alimenter son propre imaginaire et jouir du plaisir de l’écriture.

Et si finalement le double de Pierre était Louise ? ou plutôt si tous deux ne faisaient qu’un, exprimant, l’un après l’autre, et en même temps simultanément à travers les évocations récurrentes de Louise dans le récit de Pierre, que seule la création, ici la création littéraire, – (et pour le commun des mortels le souvenir de leur histoire c’est-à-dire la sublimation des sentiments humains) – , permettait à l’amour de survivre, le fixait à tout jamais ?

Ce qu’il y a à la fois d’étrange, d’étonnant, de différent dans ce roman, c’est qu’il n’est pas une histoire mais une imbrication de pensées, de sensations, d’émotions qui entraîne, plonge le lecteur dans le fonctionnement même de la pensée amoureuse. Très vite, il comprend que le propos n’est pas de lui faire croire à l’histoire de Pierre et aux histoires que garde Pierre mais de le conduire, à travers les méandres et les associations de la narration à l’essence même du sentiment amoureux.

Ce qu’il y a enfin de magnifique dans ce premier livre d’Anne Luthaud, c’est son écriture. Aucun effet, mais un art déjà consommé de la description, celle infiniment variée, au sens musical du terme de la Mer, celle à la fois chatoyante et étouffante de Bangkok, celle minutieuse des chargements du cargo, descriptions toujours en correspondance aves les sentiments des personnages. Précision, justesse dans le choix des mots, phrases courtes mais toujours empreintes de musicalité redonnent au lecteur le plaisir de la lecture, ce même plaisir qui le pousse à relire plusieurs fois, juste pour la musique des mots, certains passages de Flaubert, de Proust ou de Duras…

Claude Brunel

MENSONGE_ANNE«Je ne sais pas à quoi vous faites allusion. Dans ma maison, il y a sept chambres. Je dormais alternativement dans l’une d’elles. Pas d’autre pièce. Non, pas de cave pas de grenier non plus. Les clés me servaient à ouvrir les portes des chambres, évidement. Non, je ne sais pas ce qu’elles sont devenues.»

Anne Luthaud est l’auteur aux éditions Verticales d’un premier roman remarqué, « Garder » (2002 ; prix de l’INFL ; prix de l’ENS Cachan) et d’une fiction « Blanc » (2006),. Elle écrit également pour le théâtre (Le bleu de Madeleine – Les clés – La grand-mère et la haine – Les fenêtres).

lesepinardscrus«Dans le cimetière de la ville de Gênes, un enfant fait son apprentissage du monde sous l’oeil attentif du gardien des lieux. Eté, automne, hiver, printemps s’écoulent au gré de ses jeux, de ses questionnements, de ses découvertes et de ses rencontres. Avec sa mère, la grande absente, il communique par flux mentaux qui sont autant d’interférences avec ce microcosme étrange et attachant. Elle lui révèle notamment le passé commun du tailleur de pierre et du fabricant. Ainsi l’enfant grandit-il au milieu des sculptures-sépultures et des personnages qui hantent le cimetière…
Un roman initiatique et une réflexion délicate sur le temps qui passe.»

VITALDominique Vital est né à Paris 14e le 15 février 1944. Né sous le signe du Verseau, il préfère verser dans la versification et cela depuis son plus jeune âge. Dès l’âge de quinze ans, il entrera dans la «réclame» et fera toute sa carrière dans le médiaplanning. Il se déclare être un «piétondidacte». Il entre dans les livres comme il erre dans les rues se laissant pénétrer par les atmosphères de la ville. Dominique VITAL est aussi chercheur : musique, peinture, écriture, il a besoin de se collecter avec les vibrations. Rien que pour le bonheur de créer, de «coucher noir sur blanc les couleurs de la vie».

J’aime cette poésie qui, comme l’avait écrit Rimbaud «est une aventure de l’esprit qui conduit à la vraie vie, la recherche passionnée des mots qui changent l’aime et le monde». Chères lectrices, chers lecteurs, le réveil de Dominique Vital est un regard insolite et passionnant posé sur la vie et les choses. Loin de constituer une eau calme, on y découvre – entre autres substances – ce qui constitue deux vrais trésors de l’humanité : l’anticonformisme et l’insurrection.

Thierry-Lefèvre GraveDanièle RozierJorge CarrascoAnn-Marie ValenciaOté PiratesRaoul SOTELO SotomayorDavide PizzigoniMarcel HanounArts de la dalle de verre contemporaine

TLG width=Un jour, il y eut une caméra entre Thierry et moi, entre ses gestes et mon regard, entre la matière transformée de par sa volonté créatrice et la lumière, entre ce donné à voir et mon désir de le transmettre. Car il s’agit bien là de révéler et partager un travail au sens noble et vrai du terme.
Il n’est pas question pour moi d’expliquer voire d’interpréter les images, les sons et leur contenu ; je laisse à chacun la liberté de ressentir, comprendre et vivre ces moments intimes de création partagée.

En revanche, je souhaite explorer avec les mots ce qui a guidé mes choix de cadrages, mes choix d’axes et d’angles de prises de vue pour les différents tournages puis les directions prises au moment du montage en ce qui concerne plus particulièrement les choix sonores et musicaux.

Au commencement, il y a une réalité : le plaisir que donne l’artiste dans son travail de création. Puis vient le désir de découvrir ce travail.
Commence alors avec la caméra un long et intense travail d’investigation.TLG_atelier width= J’entre dans un espace clos:le sien.

A l’intérieur de cet espace, il pose, il range, il déplace, il choisit, il s’empare, il s’arrête, il regarde, il décide… le commencement est là, devant moi. L’attente des premiers gestes, celle des premiers mouvements deviennent les premières secondes des premiers plans.
Pendant le tournage de ces premiers plans, j’investis les lieux, je recrée un espace dans lequel je vais – je dois – me sentir bien. Je prends mes repères. Et pendant ce temps, Il continue, il avance dans son travail et le mien se met en place dans une très grande concentration.
Je dois suivre en temps réel ce qui se passe, ce qui se construit, se déconstruit, se fait et se défait.
Pas à pas, les plans se juxtaposent. Je prends possession d’un espace et le recrée, le redécoupe . J’installe peu à peu ma gestion du temps et de l’espace.
Je commence à penser en image, la lumière du jour se mélangeant à la lumière artificielle, les sons réels rythmant le travail.
C’est à cet instant que la magie opère. L’artiste est à son travail comme s’il était seul avec lui-même. Je le regarde avec une attention soutenue ; il m’arrive même de devancer un geste, un mouvement.
Chaque séquence est découpée plan par plan en tenant compte de la continuité des gestes, des actions qui se répètent. La répétition est un enseignement mais devant un écran, la répétition peut créer l’ennui. Choisir des points de vues différents, choisir des cadrages variés participent à diversifier l’action. Cela permet de relancer l’attention en cours de projection.
Pratiquement aucune parole n’est échangée en cours de tournage. Plans rapprochés, gros plans, plans larges se succèdent. Quelquefois la caméra s’attardera sur « la mise en étrangeté du réel ». Des plans qui expriment « le non-dit » d’un regard prolongeront un geste. L’écriture audiovisuelle permet des aller et retour entre l’intérieur et l’extérieur ; des associations particulières voir singulières apporteront un sens nouveau et nous permettront la libre interprétation.
La surimpression dans l’Ivre d’auteurs, par exemple, permet d’associer une action passée, présente et future dans le temps et l’espace ; elle est aussi la navigation permanente entre la réalisation de l’œuvre et sa présence dans l’inconscient. Elle est aussi une représentation du temps : le temps du travail, le temps de la recherche et le temps du regard.
Le « très gros plan » dans StyloGrave figure un tout autre espace que l’espace réel. On pénètre doucement dans le rythme de ce travail précis et minutieux.

La musique de ces quatre films est un peu ma signature. Je ne peux créer des images sans entendre des sons et créer de la musique sans imaginer des images. Le montage est un admirable moyen de les mettre en relation constante.

Ces quatre films m’expriment tout autant qu’un film plus personnel car ils m’ont permis de continuer ma recherche sur le cadre, sur le temps et sur les liens étranges qu’entretiennent les sons et les images.
Ils me permettent enfin d’apprendre un peu plus chaque fois de l’Autre et son Travail.

Jean-Paul Dupuis

Blog : Thierry Lefèvre-Grave

DANIELE ROZIER
Contact : Danièle ROZIER
Mail : rozierdaniel@noos.fr

COLLECTION 2010 – 2011
Ouvrage de Dame
Sur des cintres, un collectage de divers matériaux sont collés, cousus, agrafés, épinglés, scotchés, puis emballés dans des feuilles plastiques de mêmes dimensions.
Certaines pièces plus transparentes que d’autres laissent entrevoir la complexité des matières à la lumière.
La luminosité des couleurs s’accroie. À la manière d’une radiographie, 300 pièces sont ici présentées.

Format d’une pièce : 40cm x 50 cm

COLLECTION 2013 – 2014
Post-it

Photos : Jean-Paul DUPUIS

CARRASCOParcourez la galerie de peintures de Jorge Carrasco. Un voyage à travers formes et couleurs. Une sensibilité « humaniste » qui nous révèle, comme le disait Carrasco, que « Dieu est Amour ».
Les peintures de Jorge Carrasco

A propos de l’exposition Aurély, Betzy et les autres

Ann-Marie VALENCIA est un peintre hors du temps et des modes. Les œuvres présentées au musée de Villèle remémorent toutefois le drame d’un passé enfoui où la Femme et la Nature régnaient en harmonie.

AnnMarie Valencia width=

Mémoire de femmes … Femmes qui ont dirigé la propriété: Ombline Desbassayns (1755 – 1846), avec fermeté: Céline de Villèle (1820 – 1896), avec soumission: Lucile (1901 – 1976) et Pauline (1902 – 1990) de Villèle avec abnégation.

Mémoire aussi de femmes sans visage, encore présentes sur le papier jauni des documents d’archives à travers une classification sommaire: un patronyme plus ou moins fantaisiste attribué par l’arbitraire d’une société dominante; une fonction sans grande originalité, mais suffisamment évocatrice pour rappeler l’air du temps de la servitude; une vague appartenance ethnique aux racines qui de perdent toutefois dans le flou d’une localisation imprécise voire inconnue; enfin, une valeur marchande, sordide indice de richesse, qui, avec le recul du temps, nous paraît aussi dérisoire qu’indécent.

Mémoire d’un passé récent qui cependant patine le souvenir Mémoire d’un paysage domestiqué sans cesse transformé qui mêle au fil du temps, coton, café, épices et canne à sucre…

Ann-Marie Valencia recrée un monde peuplé de femmes, belles, si belles dans l’exercice de leurs travaux ingrats et de leurs tâches quotidiennes harassantes. Ses œuvres nous offrent la douceur d’un style d’une grande maturité. L’intelligence de son regard nous restitue la beauté contrastée de visages marqués par la dureté d’un labeur répété. Même si ces touches légères, aussi légères que des pétales de roses, viennent caresser avec délicatesse le support entoilé subtilement recouvert d’un papier de soir finement froissé, l’artiste ne fait aucune concession avec les effets faciles qui séduisent pour séduire. Derrière l’œuvre il y a l’engagement artistique d’un peintre d’une grande authenticité et le regard tendre et plein de respect d’une femme pour la Femme. C’est aussi avec les couleurs du sentiment qu’Ann-Marie Valencia restitue à sa manière les fragments exhumés et magnifiés d’une histoire douloureuse qui ne livre pas tous ses secrets.

Jean Barbier, Conservateur du Musée de Villèle

Ann Marie Valencia s’est éteinte dans la nuit du 15 au 16 mai 2012 à son domicile de Notre-Dame-de-Riez, en Vendée où elle s’était installée depuis 2006.

Site internet : Ann-Marie Valencia

Aurély, Betzy et les autres – un film de Jean-Paul Dupuis

SOWETO_OKMa rencontre avec Didier Delazay – ote pirates – exprime tout à fait la rubrique « Coup de coeur ». Une rencontre par hasard, au Musée de Villèle (Ile de la Réunion) où je réalise des films pour le Musée depuis plus de vingt ans.

Cela s’est passé ainsi : « Bonjour, que faites-vous ? de la musique, quelle musique ? Jazz avec votre groupe de musiciens « Ote Pirates ». De paroles en paroles, on en vient au clip – on a besoin d’un clip pour présenter à une sélection pour un festival etc…

En quelques minutes on décide. On se revoit dans les ruines de l’ancienne sucrerie du Musée – un lieu magnifique pour réaliser ce clip « La Pieta de Soweto ». Une heure de tournage aura suffi.

Je rentre en métropole, je reçois les images complémentaires…

Je vous laisse écouter et voir « La pieta de Soweto »

SOWETO_OKL’Ardoise est le second clip que j’ai tourné et monté pour « Oté Pirates ».
Cette chanson plonge au plus profond d’un être qui a perdu sa mère, il était encore jeune.
Didier Delezay nous touche par les mots et par une interprétation qui nous dit
l’inavouable à jamais. La musique est belle, pleine de tendresse et de regret.
Didier Delezay est entouré de ses fidèles et indispensables musiciens.
Dimitri Domagala à la batterie, Stéphane Guézille à la contrebasse et Gérald Loricourt au clavier.

Je vous laisse écouter et voir « L’ardoise »

SOTELO2002 width=Raoul Sotomayor est né le 31 décembre 1938, à Santiago du Chili, dans une famille de médecins et de juristes.
Après son baccalauréat, il entre à la faculté des Beaux Arts de l’Université de Santiago.
Dès son diplôme obtenu, nanti d’un premier prix de peinture, il mène de front ses recherches et ses travaux d’artiste peintre, et débute une carrière d’enseignant, notamment à l’école des Beaux Arts de l’Université du Chili.
À partir de 1967, il expose tant au Chili que dans différents pays d’Amérique latine (Cuba, Equateur) et obtient : le Prix de la gravure de la Havane (1967), le prix de la gravure de la quatrième Biennale américaine de gravure (1970 ), le prix de la critique chilienne (1970).
Marié à la journaliste et plasticienne Sady Ramirez, il connaît avec ses trois enfants Raoul, Rodrigo, Ingnacio, le bonheur de vivre dans un Chili gouverné par Allende, un pays où la Santé, l’Ecole et la Culture deviennent accessibles à tous.
Le coup d’Etat de 1973, la mort d’Allende et la dictature militaire implacable mise en place par le général Pinochet mettent fin au bonheur de sa vie au Chili.
Considéré comme un peintre et un universitaire dangereux, Raoul Sotomayor est non seulement rayé de l’Université, mais encore ne trouve plus trace, du jour au lendemain, de ses diplômes universitaires.
Il quitte le Chili en 1974, précédé par sa femme et ses trois enfants.
Comme l’écrit Sady Ramirez dans son livre témoignage : « d’un jour à l’autre, notre génération fut plongée dans le cauchemar de la plus brutale répression que notre pays ait connue… Privés de notre droit au travail, espionnés jour et nuit, obligés de nous cacher en permanence, notre seule porte de sortie fut l’exil… »
Les peintures de Sotelo

LE SOUFFLE DU VIDE aux Arènes de Lutèce 2005.

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© photo Didier Boy de la Tour

Une rencontre avec le plasticien italien Davide Pizzigoni, lors des Nuits Blanches à Paris en 2005 dans un espace magnifique « les arènes de Lutèce ».

Sound and Music : Jean-Paul DUPUIS

Site : Davide Pizzigoni

HANOUN width=Avec des moyens pauvres et dérisoires, avec l’aide, la bonne volonté de ceux qui ont travaillé avec moi, j’ai pu réaliser mes films. Je les ai volés, arrachés à une part d’ombre, rarement offerte au Public, interdite…
Aujourd’hui, j’offre ma part de création, déjà accomplie, à la part créative, consciente, à l’éveil de chacun, de celui que l’on voudrait enclore définitivement dans une entité anonyme, dépersonnalisée, réduite à une masse globalisée, le Public. Je rends individuellement à qui le veut, mes films dérobés.

Marcel Hanoun

affiche arts de la dalle de verre« Vitrail & Sculpture pour l’architecture et la décoration ».

Du 19 au 21 octobre 2018 eurent lieu les 4ème Rencontre internationale du Verre de St Just – St Rambert (42170), un hommage fut rendu à l’oeuvre de Guy Lefèvre, Maître verrier de l’Ile de la Réunion par Camille Divilly – Association des amis de Guy Lefevre – et Jean-Paul Dupuis – cinéaste et compositeur : Guy Lefevre

J’ai rencontré 12 artistes qui exposaient leurs oeuvres : Renaud Chapelle (atelier « RenoVitro »), Enzo Curro (atelier « Art Verre »), Christine Muti (Sculpture et Vitrail Dalle de verre), Thierry Nadot (Atelier Thierry Nadot), Charles Narçon (Atelier la dalle de verre), Philippe Riffaud (Atelier de vitrail St Joseph), Florence Villain (Sculpture et vitraux), Suzanne Philidet ( verre – fusing thermoformé), Pascal Lemoine, Yves Braun, Isabelle Baeckeroot, Delphine Gabon (créatrice) et Pascale Chavay (restauratrice) – Atelier Lumverre,

Chaque exposant s’est exprimé librement sur son travail. Je vous propose de les écouter Biennale de la dalle de verre

Rétrospective Joris IVENSJORIS IVENS : témoin de l’histoire du XXème siècleJoris Ivens — Le pont et la pluieJORIS IVENS — L'ÉLECTRIFICATION DE LA TERREJORIS IVENS : LES ANNÉES 60

D’une rétrospective à l’autre à la Cinémathèque Française.

Du 16 février au 7 mars 1983, j’organisais pour la Cinémathèque Française en collaboration avec le Filmuseum d’Amsderdam une rétrospective Joris Ivens dans ses salles du Palais de Chaillot et du Centre d’Art et de Culture Georges Pompidou. Seize ans plus tard, du 5 mars au 5 avril 2009, la Cinémathèque célébrait, dans ses nouveaux locaux de la rue de Bercy, en collaboration avec la Fondation Joris Ivens, CAPI FILMS et Marceline Loridan-Ivens, le 110ème anniversaire de la naissance du grand documentariste. Ce nouvel hommage réaffirmait l’importance du regard que Joris Ivens porta sur le XXème siècle, sur ses injustices, ses combats, mais aussi sur ses espoirs et ses réussites, ses moments de bonheur.

IVENS_OKVolontairement non chronologique mais thématique, la programmation mettait en lumière à la fois la diversité, l’universalité des préoccupations, d’ordre historique et social de Joris Ivens, la force, la beauté et la poésie de son écriture cinématographique : force, beauté, poésie liées à l’acuité d’un regard généreux sur les hommes et leurs luttes, les transformations de la nature et de la société que leur travail permet, acuité d’un regard qu’émerveille le sourire d’un enfant ou le « souffle du vent ». Mais aussi force, beauté, poésie liées à une maîtrise totale et personnelle de la mise en images du réel, de sa représentation cinématographique, de l’organisation musicale des images et du temps.

— TÉMOIN DE L’HISTOIRE DU XXème SIÈCLE —

Témoin attentif et engagé de l’histoire du XXème siècle, Joris Ivens n’a cessé de parcourir le monde caméra au poing pour y dénoncer la misère, l’injustice sociale, (Borinage, Belgique, 1933), la colonisation (L’Indonésie appelle, Australie 1946), mais aussi pour y montrer le courage des hommes, aux prises avec la Nature ( Zuidersee, Pays Bas,1930), se battant pour la démocratie (Terre d’Espagne, Espagne 1937), résistant à l’envahisseur ( 400 millions, Chine, 1938), subissant avec dignité les méfaits de la guerre ( 17ème parallèle, Vietnam 1967).

Artiste généreux et idéaliste, Joris Ivens n’a cessé d’affirmer ce en quoi il croyait : l’avènement d’un monde meilleur que laissaient espérer les progrès technologiques, les mouvements ouvriers et les régimes socialistes naissants tant européens ( Les premières Années, Tchécoslovaquie, Pologne, Bulgarie, 1947), le Chant des fleuves RDA, 1954) que sud américains (Le Peuple armé, Cuba 1961, Le train de la Victoire, Chili , 1962) et chinois (Comment Yukong déplaça les montagnes, Chine 1971-75).

Cinéaste maîtrisant aussi bien la réalisation, la co-réalisation que la prise de vue et le montage, Ivens a su mieux que quiconque partager les propos, les images et les sons avec ses collaborateurs, notamment avec Marceline Loridan-Ivens, co-réalisatrice de « 17ème Parallèle », de « Comment Yukonk déplaça les montagnes » et d’ »Une Histoire de Vent ». Il sut même répondre aux « commandes » sans jamais se renier, renoncer à la mise en valeur du travail, des luttes et des espoirs des habitants les plus humbles de la planète ( Creosote Pays-Bas 1931), (Philips Radio ou La Symphonie Industrielle, Pays-Bas, 1932) (Komsomol ou le Chant des Héros, URSS, 1932), l’Electrification de la Terre, USA, 1939-40), ( Demain à Nanguila Mali, 1960).

Cependant, lorsqu’il naît le 18 novembre 1898 à Nimègue, ville située près de la frontière allemande, au bord du Wall, l’un des bras du Rhin, rien ne semble prédisposer Joris Ivens à devenir l’un des deux plus grands documentaristes du XXème siècle avec l’Américain Robert Flaherty. Son père possède un magasin d’appareils photographiques qui deviendra peu à peu une importante société de vente d’appareils et de produits photographiques : la CAPI (Cornelius, Adrian, Peter Ivens, initiales du nom de son fondateur)
Après une enfance et une adolescence heureuses, marquées par le catholicisme de sa mère et la découverte de la pratique cinématographique – à treize ans Joris tourne son premier film : « De wigwam » (La hutte) avec toute la famille déguisée en Indiens – Joris suit les cours de l’Ecole Supérieure d’Economie de Rotterdam, interrompues un temps par son service militaire.

Entre 1922 et 1925, il séjourne, en Allemagne. Étudiant en pétrochimie, il découvre avec enthousiasme la vie intellectuelle et artistique de Berlin. Il y mesure aussi l’importance de la Révolution Russe de 1917, celle des idées communistes face à la montée de la violence et de la répression policière du Berlin des années 20.
De Berlin, il se rend à Dresde et à Iéna où il effectue des stages dans les usines Ica et Ernemann.
De retour aux Pays-Bas, se sentant de moins en moins directeur technique de la CAPI et de plus en plus cinéaste, Joris organise une projection privée du film « La Mère » du cinéaste soviétique Poudovkine. Après avoir analysé le film plan par plan, le cadrage et le rythme du montage, il produit une étude qu’il traduit par une série de croquis et de graphismes.
Joris Ivens participe alors très activement au manifeste de la « Filmliga » d’Amsterdam qui exprime la volonté d’artistes, d’intellectuels, d’étudiants de « réformer le goût du public », c’est-à-dire de « libérer le cinéma de la forme mélodramatique traditionnelle et commerciale pour affirmer la valeur esthétique du cinéma et développer un nouveau moyen d’expression capable de produire des œuvres art ».
Et c’est, tout imprégné de la théorie du « Ciné-œil » de Tziga Vertov mais aussi des films programmés par la « Filmliga » tels « La Grève » d’Eisenstein ou « Nanouk » de Robert Flaherty, que Joris Ivens expérimente les possibilités de sa caméra Kinamo, lors d’un voyage à Paris où il tourne  » Etudes de mouvements « .

De retour aux Pays-Bas, il réalise entre 1928 et 1929  » le Pont « , dans lequel il assure la prise de vue et le montage, inventant sa propre écriture cinématographique, » Les Brisants  » dont la pathétique fiction lui permet de mettre en scène la mer du nord et ses rouleaux et  » la Pluie  » qu’il regarde, met en scène pendant trois mois dans les rues d’Amsterdam.

— LE PONT ET LA PLUIE —

« Joris Ivens – De Brug (Le pont 1928) » et «  Joris Ivens – Regen (La pluie 1929)  » recueillent tant aux Pays-Bas qu’à Paris d’excellentes critiques (notamment celle de la cinéaste Germaine Dulac) et font de leur auteur un cinéaste reconnu de l ‘Avant- Garde Européenne.
Commence alors pour Joris Ivens une période d’intense activité marquée par des films de commande tels  » Nous bâtissons, Zuiderzee « , où déjà s’affirme avec force la volonté d’Ivens de montrer le travail des hommes, leurs relations avec la machine, leurs combats contre les forces de la Nature, leur désir de solidarité, sans jamais oublier « qu’un film est une œuvre d’art ».

Invité en 1930 par Poudovkine à venir présenter ses films en URSS, Joris Ivens effectue un voyage qui le conduit de Moscou à Erivan en passant par Kiev, Leningrad, Odessa. Cette tournée de plusieurs mois à travers les républiques socialistes, ses échanges avec le public Soviétique, son amitié avec Poudovkine, Dovjenko, Eisenstein seront déterminants.

Dès lors, Ivens mettra sa caméra « au service des peuples en lutte contre la pauvreté l’injustice et la guerre » mais aussi au service de ceux qui rêvent de progrès social, de justice et de poésie.

De retour aux Pays-Bas, répondant à une commande de « film de prestige » des usines Philips, Joris Ivens réalise » Philips Radio-la Symphonie Industrielle « .
S’il montre dans son premier film sonore, avec précision et beauté les progrès de la technologie, Joris Ivens y dénonce également la monotonie du travail à la chaîne, ce qui entraîne la non-acceptation de 33 copies sur les 40 adressées aux filiales de Philips.

Après  » Créosote  » que lui commande l’Association internationale pour le traitement chimique du bois en vue de sa conservation par l’huile de créosote, Joris Ivens retourne en URSS pour y réaliser  » Komsomol  » ou le  » Chant des héros  » (1932). Dans ce film Joris, Ivens célèbre, soutenu par la magnifique musique tour à tour concrète et symphonique d’Hans Eisler, le travail difficile mais aussi l’enthousiasme des jeunes travailleurs communistes en train de construire des hauts-fourneaux à Magnitogorsk, au fin fond de l’Oural, à la limite de l’Europe et de l’Asie.

Revenu aux Pays-Bas, Joris Ivens co-réalise avec le documentariste belge Henri Storck  » Borinage « . Ce film, militant, montre, dénonce les conséquences de la grève perdue des mineurs du Borinage : le chômage pour des milliers de travailleurs qui se retrouvent dans la misère ; il y reconstitue notamment, grâce à la participation de ces mêmes mineurs, la marche des grévistes qu’ouvre le portrait de Karl Marx.

À Borinage succède  » Nouvelle Terre « , remontage de  » Zuidersee » pour y introduire une dimension sociale et politique correspondant à la montée de la crise économique mondiale des années 33-34.
Dans  » Nouvelle Terre  » Joris Ivens dénonce ouvertement la destruction organisée des denrées alimentaires pour maintenir les activités boursières alors que des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants meurent chaque jour de faim dans le monde. Ces deux films font du poète de  » la Pluie  » un « dangereux communiste » condamné par son père et son pays. Lors d’un séjour de quelques semaines passées à Paris, Joris reçoit une invitation de l’American Film Alliance de New York, pour y présenter ses films et faire une série de conférences.

Au mois de février 1936, Joris Ivens embarque pour l’Amérique avec sa compagne et collaboratrice Hélène Van Dongen. Joris Ivens vivra 9 ans aux Etats-Unis, où il se liera d’amitié avec Robert Flaherty, Ernest Hemingway, John Dos Pasos, Frederic March, Luise Reiner, Lilian Hellman. Des Etats-Unis Joris Ivens part, en 1937, tourner avec John Ferno, Terre d’Espagne, pour soutenir les défenseurs de la République espagnole contre la montée du fascisme que représente Franco. Le film dont le commentaire est écrit et dit par Ernest Hemingway, est projeté au Président Roosevelt et dans plusieurs villes des Etats-unis. Il est accueilli avec beaucoup de chaleur tandis que les recettes des projections permettent d’acheter des ambulances pour les républicains espagnols.

L’année suivante Joris Ivens est en Chine avec John Ferno et Robert Capa aux cotés des paysans et des deux armées qui luttent contre l’invasion japonaise : celle du nationaliste Chiang-Kai Shek, celle du communiste Mao-Tsé Toung. Joris Ivens y réalise  » 400 millions  » et offre, en repartant, sa caméra aux cinéastes chinois de l’armée de Mao-Tsé Toung.

— L’ÉLECTRIFICATION DE LA TERRE —

De retour aux Etats-unis, Ivens tourne, à la demande du Ministère de l’agriculture, «  L’électrification de la terre  » (power and the land), film destiné à convaincre les fermiers américains que l’électrification leur apportera le bien-être.
Alors qu’il partage sa vie entre Hollywood et New York, entre l’enseignement à l’université de Los Angeles et la recherche de nouveaux projets Joris Ivens réalise  » Notre Front Russe « 1941, film destiné à persuader les Américains du bien fondé d’une alliance entre les USA et l’Union soviétique dans la lutte contre le fascisme et  » Alarme ou branle-bas de combat  » 1942, qui montre l’engagement de la marine canadienne dans la deuxième guerre mondiale. C’est alors que le vice-gouverneur des Indes néerlandaises propose à Joris Ivens, la charge de commissaire du cinéma du gouvernement des Indes néerlandaises et la mission de donner « le témoignage de la construction de la nouvelle Indonésie où Hollandais et Indonésiens pourront et devront collaborer sur la base d’une pleine égalité ». Ivens accepte la proposition du gouvernement néerlandais et part en Australie où, en attendant la fin de la guerre du Pacifique, il devra préparer une série de films éducatifs pour les Indonésiens.

Tandis qu’il se met au travail à Sydney, Ivens constate que le gouvernement néerlandais est loin de tenir ses promesses et prépare au contraire la guerre contre la toute jeune république Indonésienne.. Ivens décide alors et annonce à la presse internationale qu’il démissionne de sa charge et « ne fera jamais de film en contradiction avec ses principes et ses convictions ». Si cette déclaration lui attire l’admiration internationale, elle le fait accuser de traîtrise par la presse néerlandaise.
Au même moment les dockers du port de Sydney et les marins Indonésiens des bateaux hollandais transportant des armes destinées à la répression en Indonésie se mettent en.grève. Ivens, sa compagne et collaboratrice Marion Michelle tournent, avec beaucoup de difficultés, le film de cette grève : » Indonesia calling  » (1946). À la fin du montage, Joris Ivens tombe gravement malade.

Après un séjour à l’hôpital de Sydney et une convalescence dans les Blues mountains, Joris Ivens rentre en Europe, où, interdit de séjour dans son pays, convaincu que le socialisme est en train de se construire en Europe Centrale, Joris Ivens réalise, entre 1947 et 1956, plusieurs films dans les républiques de l’Est dont : » Les Premières années ( Tchécoslovaquie, Bulgarie, Pologne), La Paix vaincra ( Pologne), L’Amitié vaincra ( Berlin Est) et le Chant des fleuves « , grande fresque sur la condition ouvrière dans le monde réalisée avec la collaboration de 18 pays.

Après avoir supervisé plusieurs productions de films en RDA, avoir été le conseiller technique du film de Gérard Philippe : » Les Aventures de Till l’Espiègle « , Joris Ivens s’installe à Paris en 1957.
Tandis que se calme la guerre froide mais que s’affrontent toujours deux idéologies antinomiques, de nombreux intellectuels, écrivains et artistes européens dont Aragon, Picasso, Jacques Prévert et …Ivens continue à croire à la venue d’un monde meilleur, plus juste, et ce, malgré la réalité du Stalinisme.

Ivens réalise alors, sur une idée de Georges Sadoul, son premier film français : La Seine a rencontré Paris (1957). Ce magnifique et poétique documentaire sur Paris, son fleuve et les Parisiens remporte, en 1959, la Palme d’Or du meilleur documentaire au Festival de Cannes. De France, Joris Ivens continue son combat de cinéaste militant, d’artiste engagé, de pédagogue convaincu, bien qu’outré (comme il l’écrira plus tard) par le comportement de l’Union Soviétique vis-à-vis des « pays frères ». En 1958 Il retourne en Chine où il donne une série de cours aux élèves de l’Académie de la République populaire de Chine pour leur apprendre notamment à filmer en couleur.
Joris Ivens réalise alors  » Lettre de Chine « , « un poème visuel où chantent les couleurs ». En 1959 il tourne à la demande d’Enrico Mattei qui défend la production du pétrole italien contre le monopole américain  » L’Italie n’est pas un pays pauvre « .

— LES ANNÉES 60 —

En 1960 il est en Afrique où il relate dans  » Demain à Nanguila « , film mi-documentaire mi-fiction, la vie quotidienne et la prise de conscience politique des habitants d’un petit village du Mali. En 1961, venu à la Havane pour faire une série de conférence à l’I.C.A.I.C. (Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique), Ivens découvre et soutient avec Carnet de Voyage et Peuple armé, la révolution que conduit Fidel Castro… En 1962, invité par l’université de Santiago, il se rend au Chili où il réalise  » Valparaiso « , dans lequel il montre la pauvreté des habitants de ses 42 collines mais aussi la beauté de ce port mythique. À Valparaiso, Ivens filme aussi la joie des enfants assistant à un spectacle de cirque : Le Petit chapiteau et l’espoir de la victoire d’Allende dans le » Train de la Victoire ». En 1964, grâce à la persévérance du Directeur du Filmmuseum d’Amsterdam, Jan de Vaal, et de Tineke de Vaal, Joris Ivens revient aux Pays-Bas pour y présenter une rétrospective de ses œuvres. Les étudiants de l’Académie du Cinéma lui réservent un accueil enthousiaste.

L’année suivante, avec  » Pour le Mistral « , c’est le célèbre vent du Midi de la France, que Joris Ivens met en scène. Avec ce vent unique au monde, et malgré un projet qu’Ivens juge non achevé, s’affirment avec magnificence la lumière, les ciels et les nuages de Provence, se montrent aussi les rapports complexes que les hommes entretiennent avec lui. 1965 est aussi l’année d’un nouvel engagement politique pour Ivens : « Le Ciel, La Terre » révèle son admiration pour le peuple du Nord-Vietnam, qui malgré les bombardements de l’envahisseur américain continue à affirmer son goût pour la vie.

Ivens réaffirme son soutien au Nord-Vietnam avec  » Loin du Vietnam  » (1967), film collectif qui rassemble à ses côtés Marceline Loridan, Jean-Luc Godard, Claude Lelouch, Chris Marker, Agnès Varda, William Klein et  » 17ème Parallèle  » (1967) qu’il co-réalise avec Marceline Loridan. De  » 17ème Parallèle », le grand journaliste du Nouvel Observateur Jean Louis Bory écrira : « Le 17ème parallèle n’est pas un film de guerre, c’est un film sur des paysans obligés à la guerre. Pilonnés par l’artillerie lourde, par l’artillerie de marine, par l’aviation, ils ne bougent pas, ils s’enterrent …Document d’une extrême importance  » 17éme Parallèle  » trace le portrait de la guerre moderne : celle, déconcertante, qui permet à un petit pays de résister à l’extraordinaire effort militaire du plus puissant pays du monde, parce que c’est le peuple qui s’y bat pour sa vie et sa liberté ». Premier film d’Ivens tourné en 16 millimètres et en son synchrone, document d’un réalisme dramatique et engagé, mais aussi empreint de tendresse et de poésie,  » 17ème Parallèle  » demeure l’un des film d’Ivens les plus accompli et les plus révélateur de sa démarche : celle d’un cinéaste et d’un artiste qui, quels que soient les motivations des politiques et les retournements de l’Histoire, aura partagé, mis en mémoire, tout au long du XXèmé siècle, les luttes et les espoirs des peuples.

Entre  » Le Ciel, la Terre et Loin du Vietnam « , Joris Ivens est retourné aux Pays-Bas pour y filmer, à la demande de la ville de Rotterdam, la vie et le travail du plus grand port d’Europe. « Rotterdam Europort  » (1966) est un film documentaire dans lequel vient s’insérer la légende du célèbre Hollandais volant qui retrouve son pays après quatre siècles de vagabondage sur les mers et auquel la presse hollandaise compare Ivens.

« Rotterdam Europort » marque aussi le début de la vie commune et de la collaboration entre Joris Ivens et Marceline Loridan : Collaboration qui ne cessera de se renforcer jusqu’à la mort de Joris, en 1989, et se poursuivra bien au-delà, au travers, notamment, de la création de la  » Fondation Joris Ivens « . Après  » Le Peuple et ses fusils  » réalisé au Laos avec Marceline Loridan et Jean Pierre Sergent, les dernières œuvres de Joris Ivens seront consacrées à la Chine : la Chine de la révolution culturelle que Joris Ivens et Marceline Loridan feront connaître au monde entier dans  » Comment Yukong déplaça les montagnes  » (1971-75), la Chine millénaire et mythique retrouvée, dans  » Une Histoire de Vent  » (1988).

À eux seuls ces deux films, qui ouvraient et fermaient l’hommage rendu par la Cinémathèque Française en 2009, témoignent de ce que fut et demeure Joris Ivens : un homme et un cinéaste dont l’art, comme le disait Henri Langlois en 1957, « se qualifie en trois mots: l’amour des autres…un grand cinéaste qui toute sa vie n’a cessé de vouloir embrasser l’humanité tout entière. Cette profonde humanité qui fait la fraîcheur et la jeunesse éternelles d’Ivens, cette vocation fraternelle qui l’entraîne à travers le monde pour se mettre au service de l’Homme l’aider à se faire entendre, à exposer ses problèmes, à chercher leurs solutions. Voilà ce qui caractérise l’unité de l’oeuvre et la vie d’Ivens ».

Claude Brunel.