Cette rubrique traite de l’éducation à l’image et de la formation à l’utilisation du langage et des technologies de l’audio-visuel dans des domaines aussi différents que ceux de la Petite Enfance, de la Médecine, de la Musique ou des Arts Graphiques. Elle rend compte notamment des travaux des séminaires européens organisés par Claude Brunel à Paris et en Arles, entre 1990 et 1995, sous l’égide et avec la participation du Conseil de l’Europe.

D’un club caméra d’un lycée au Baccalauréat «Cinéma et Audiovisuel»

Du club-caméra d’un lycée de province aux séminaires de préfiguration du Centre Européen de l’Image et du Son (CEIS) et à la réalisation de films documentaires

Par Claude BRUNEL

A – MUSIQUE ET CINÉMA AU LYCÉE LACASSAGNE À LYON.

Pour moi tout a commencé pendant l’année scolaire 1967-68, alors que se préparaient chez les enseignants tout comme chez les étudiants les grandes remises en question du mois de Mai…
J’étais alors jeune professeur de musique au lycée Lacassagne de Lyon, lycée réputé pour son activité syndicale, les projets inovants de ses professeurs et la vitalité de son Foyer socio-éducatif.
Eléves et professeurs se retrouvaient à la séance hebdomadaire du ciné-club, pour y découvrir ou y présenter les chefs d’œuvres de l’histoire du Cinéma dont on louait les copies à L’OROLEIS (office régional des œuvres laïques d’éducation par l’Image et le son) de Lyon.
Dans la vague musicale mondiale portée par les Beatles, les Rolling Stones, Joan Baez, et Bob Dylan, les lycéens devenaient guitaristes et se mettaient à fréquenter assidument le cours de musique où élèves et professeurs se faisaient découvrir mutuellement la Pop musique, le Rock, Georges Brassens, Xénakis et… l’Opéra.
C’était l’époque où Louis Erlo créait à Lyon « L’Opéra nouveau », ouvrant le temple musical de la Bourgeoisie aux comités d’entreprise, aux étudiants et aux lycéens; une centaine d’élèves du lycée Lacassagne prient leur abonnement à l’Opéra et accueillirent notamment dans leur lycée, le Directeur de l’opéra et metteur en scène Louis Erlo, le chorégraphe Vittorio Biagi, le compositeur Prodromidès.

Passionnée de cinéma, j’acceptais de prendre la relève du professeur responsable du club caméra en partance pour un autre établissement.
Le club caméra possédait une caméra super-huit, une visionneuse et une colleuse. Il bénéficiait d’un petit budget alloué par le Foyer socio-éducatif permettant d’acheter et de faire développer environ trois heures de pellicule.
À la rentrée scolaire suivante, un élève de Terminale vint me trouver : « je compose de la musique, j’ai suivi cet été un stage Cinéma où nous avons vu beaucoup de films. Je voudrais faire un film sans parole avec seulement des images et de la musique.
C’est ainsi que Jean Paul Dupuis réalisa son premier film, en super 8 : « Liberté », « Pourquoi » et « Que cherches-tu » films qui révélaient déjà le regard d’un poète, le sens inné du cadrage, du temps cinématographique, de la complémentarité signifiante entre la musique et l’image, l’audio et le visuel.
Je décidais d’’aider Jean Paul Dupuis à réaliser son premier film en 16 mm « Désespérément » – 45’ (1972).
C’est ainsi que commença notre collaboration.

B – DU « CINÉMA DIFFÉRENT » au « CINÉMA DOCUMENTAIRE » / DU « COLLECTIF JEUNE CINÉMA » A LA « FEMIS ».

«Désespérément» sélectionné par Marcel Mazé, responsable de la section « Cinéma Différent » du Festival International du Jeune cinéma de Toulon-Hyères nous permit de découvrir à la fois le cinéma  » Différent  » appelé encore « Indépendant » ou «Expérimental» et le Collectif Jeune Cinéma.

Créé en 1971 par Marcel Mazé, Le Collectif Jeune Cinéma était la première association française de type coopératif à assurer la diffusion, hors des circuits commerciaux, de films «différents» français et étrangers, films appelés alors par le C.N.C. (Centre National du Cinéma) «sauvages».

Ces films tournés de façon artisanale, le plus souvent en 16 mm mais aussi en super 8, échappaient, de toutes les façons, au formatage du cinéma narratif imposé par la distribution commerciale – leurs auteurs se revendiquant de l’indépendance économique, d’une totale liberté d’expression et de construction. Libéré de «l’histoire», le cinéma «différent» permettait d’aborder directement le cinéma en termes d’image, de cadrage, de lumière, de couleur, de son, de temps, de rythme, de montage. Il permettait d’établir un lien direct entre le regard du réalisateur et l’image obtenue à travers la caméra, mais aussi d’inventer, comme en peinture, de nouvelles images, et, comme en musique, de nouveaux sons.

Qu’ils soient Américains, Européens ou Japonais, les réalisateurs du « Cinéma différent / indépendant / expérimental » suivaient en cela les traces des artistes peintres, sculpteurs, photographes, cinéastes des années 20 et suivantes, tels Fernand Léger, Man Ray, Hans Richter, Picabia, Marcel Duchamp, Salvador Dali, Luis Bunuel, Jean Cocteau, Maya Deren, ou bien encore celles des créateurs du cinéma documentaire tels Tziga Vertov, Joris Ivens, Flaherty. Ils se sentaient proches d’un cinéma français dit « d’auteur » tel que le pratiquaient par exemple Marcel Hanoun, Jacques Rivette, Robert Bresson, Robert Lapoujade, Jean Luc Godard ou Marguerite Duras.
Ils entretenaient aussi des relations amicales et houleuses avec le cinéma «militant» qui lui, dénonçant les recherches formelles du cinéma expérimental entendaient utiliser le medium audiovisuel pour « montrer la réalité sociale, les conditions de travail et exprimer les aspirations populaires sous toutes leurs formes » (Guy Hennebelle, revue Cinéma différent n° 18-20, mai 1978). Les cinéastes et critiques du «cinéma militant» se réclamaient cependant tout comme ceux du cinéma «différent», mais pour des raisons différentes, de leur filiation avec Tziga Vertov.

Tandis que se créaient d’autres coopératives de cinéma différent / expérimental / indépendant en France, notamment la « Paris Film Coop », autour de deux enseignants de l’université de Vincennes /Saint Denis: Guy Fihman et Claudine Eizykman, la « Coopérative des Cinéastes », autour de Patrick Kirchoffer et de Gérard Courant, la section Cinéma Différent du festival du jeune cinéma d’Hyères attirait de plus en plus de cinéastes Européens, Américains et Japonais et ceci jusqu’en 1984, année du dernier Festival.

Peu à peu, le C.N.C. (Centre National du Cinéma), notamment grâce à Jack Gajos, alors chef du service de l’Action Culturelle et de l’Information, reconnaissait l’existence d’une forme d’expression cinématographique existant hors des circuits de production et de diffusion du cinéma commercial. Le colloque d’Avignon de 1978, puis celui de Lyon, organisés avec l’aide du CNC, ne permirent pas que se crée une structure unique de cinéma indépendant telle que la souhaitait le CNC, tant étaient grandes les rivalités de personnes entre les cinéastes des coopératives. Chaque coopérative obtenait cependant quelques aides du CNC pour mener à bien des opérations précises puis des subventions de fonctionnement – Ceci jusqu’au jour où les DRAC (Directions Régionales d’Action Culturelle) devaient prendre le relais.
Alors qu’ avec « Au Delà des Ombres » – 70‘ (1973), « Arlequin des rues » – 80’(Hyères, Prix spécial du jury 1974), « L’oiseau Cuvette » – 70’ destiné au jeune public ( Hyères 1975, prix spécial du jury de la fédération Internationales des ciné-clubs), « Lithophonie » – 78’ (Hyères, Grand Prix du festival 1977), Jean Paul Dupuis affirmait sa démarche de réalisateur, opérateur, monteur et compositeur, nous nous engagions, aux côtés de Marcel Mazé, dans la diffusion du cinéma «différent», et je m’investissais, jusqu’en 1984, dans l’organisation du festival international du jeune Cinéma de Hyères.

Nos actions de diffusion des films s’adressaient d’une part à un public d’adultes, dans le cadre de programmations «cinéma différent» de salles «Art et Essai», de festivals français et étrangers, de ciné-club universitaires tant à Paris qu’en province, et d’autre part à un public d’enfants et d’adolescents dans le cadre de projections/discussions que nous organisions en collaboration avec les enseignants, dans des écoles maternelles ou primaires, des ciné-clubs de collèges et de lycées.
Face au développement de la télévision, à la banalisation et au pouvoirs des média audio-visuels notamment sur les enfants et les adolescents, de nombreux enseignants ressentaient la nécessité de développer au sein de l’Ecole,une véritable éducation à la lecture de l’Audio-visuel, une véritable découverte de l’art cinématographique aux cotés de ceux de l’Ecrit, de la Musique et des Arts plastiques.
Mon investissement dans l’organisation et l’animation de la section Cinéma Différent du festival International de Hyères m’amena à programmer en 1982 une mini rétrospective Joris Ivens afin de démontrer à la fois aux «expérimentaux et aux militants» que la recherche formelle n’excluait pas la transmission des idées, qu’elles soient d’ordre esthétique ou politique et que l’un des deux grands documentariste du XXème siècle, Joris Ivens, venu du cinéma d’ « Avant-Garde » des années 20, avait su utiliser son écriture cinématographique pour défendre les luttes sociales et politiques auxquelles il croyait, pour faire connaître, donner la parole, avec amour et talent, à travers tous les continents, aux plus humbles des hommes, mais aussi pour faire partager la beauté, la poésie, celle de la Seine à Paris (« La Seine a rencontré Paris » 1957, palme d’Or du Festival de Cannes du meilleur documentaire, 1959) ou de la Provence pour le « Mistral », 1965).

Cette mini rétrospective fut suivie d’ une rétrospective complète Joris Ivens à la Cinémathèque Française , en collaboration avec le Filmuseum d’Amsterdam (1983) que dirigeaient Yan et Tineke de Vaal, rétrospective accompagnée de nombreuses animations en milieu scolaire et qui devait déboucher quelques années plus tard, sur la création de la « Fondation Européenne Joris Ivens », Fondation dont j’assure la Vice-présidence, aux côté de sa présidente, Marceline Loridan-Ivens.

C – DU « COLLECTIF JEUNE CINÉMA » et du « LYCÉE PAUL VALERY » à la « FEMIS »

Ma nomination, en 1977 au Lycée Paul Valéry dans le XIIème arrondissement de Paris devait me permettre, d’une part de m’engager encore plus activement dans la diffusion du «Cinéma différent», le fonctionnement du CJC, l’édition d’un nouveau catalogue des films et la revue « Cinéma différent», et d’autre part d’introduire au lycée Paul Valéry, avec l’aide de Jean Paul Dupuis, une pratique cinématographique artisanale qui allait déboucher, quelques années plus tard, sur la création de la section Cinéma et Audiovisuel.

Le premier film réalisé par les élèves du Lycée Paul Valery fut un documentaire sur le « Paris de la Renaissance », dans le cadre du 10 % pédagogique mise en place dans l’enseignement secondaire en 1973 et qui, depuis 1979, donnait aux enseignants la possibilité de mener à bien des projets d’Action Culturelle et Educative (les PACTE) appelés à partir de 1981, PAE (Projets d’Action Educative). La question préalable était pour le professeur de musique que j’étais: « Comment faire écouter et apprécier à des élèves de classe de quatrième la musique de la Renaissance (inscrite officiellement au programme de musique).
La réponse fut: « En leur faisant découvrir, regarder, filmer (en super huit) ce qui demeurait inscrit de cette époque dans Paris et ses alentours: la façade Renaissance et la cour carrée du Louvre, la Fontaine des Innocents, mais aussi le château de François 1er à Fontainebleau et bien sûr les œuvres des peintres exposées au Louvre et en leur faisant associer, à travers la création de la bande son, la musique d’un Clément Janequin ou d’un Ockeghem à la poésie d’un Ronsard ou d’un Du Bellay – et ceci en collaboration avec les professeurs d’Histoire, de Français, d’Arts Plastiques et l’aide du cinéaste Jean-Paul Dupuis.
Et c’est naturellement que ces élèves de classe de quatrième devaient non seulement s’intéresser à la musique du XVIème siècle, à son contexte historique, architectural, sculptural et pictural, mais encore découvrir, comprendre, par la pratique du cinéma ce qu’était la réalisation d’un film documentaire, de l’idée au tournage, du tournage au montage, à la création d’une bande image et d’une bande son signifiantes et complémentaires.
Ces élèves qui avaient goûté au plaisir de la réalisation allaient devenir, jusqu’en classe de Terminale, des membres assidus du club-caméra et du ciné-club. Ils avaient vite compris, l’importance de la qualité de la prise de vue, celles du cadrage, des mouvements de caméra, de la dimension des plans, et l’importance du montage pour que passe auprès de leurs camarades et professeurs spectateurs leurs idées, leur message. La fête de fin d’année du Foyer Socio-éducatif du lycée était leur « grand moment ».
C’est ainsi qu’ils eurent la joie de montrer à Léopold Senghor, l’invité de la Fête de 1983, placée sous le signe de la Francophonie, le film qu’ils avaient réalisé à partir de l’œuvre du poète et de photos que j’avais glanées dans différentes ambassades africaines, ceci, grâce à l’aide du Secrétaire Général du Haut-Comité de la Langue Française: Stelio Farandjis.
Les élèves du club-caméra déployaient aussi beaucoup d’énergie pour convaincre leurs camarades de venir voir des  » grands films que la Télévision ne montrait pas « .

Hélas! ce furent peu à peu la télévision et les cassettes vidéo qui l’emportèrent. Bientôt, la salle du « ciné-club » ne fut plus fréquentée régulièrement que par une minorité d’élèves et d’adultes cinéphiles, et, de temps en temps, par des classes dont les professeurs de lettres ou d’histoire/géographie utilisaient le cinéma et l’audiovisuel comme outil pédagogique.

Tandis que le Lycée se dotait de postes de télévision et de magnétoscopes, le ciné-club, dont la location des films était permise à la fois par l’argent alloué par le Foyer socio-éducatif du lycée et les «entrées» (au tarif bien modeste), du arrêter ses «projections du vendredi ». Cependant, grâce à des accords passés avec des salles « Art et Essai » du XIIème et du Vème arrondissement de Paris et au bon fonctionnement du « 10 % pédagogique au lycée Paul Valery », toutes les classes de musique eurent le plaisir de voir en salle et d’analyser  » Amadeus, Don Juan ou Carmen » …

Avec la création de la Mission d’Action Culturelle (MAC) au sein du ministère de l’Education Nationale en 1977, celle de la Direction du développement Culturel au Centre National du Cinéma (DDC) en 1982 s’amorçait, se développait une véritable collaboration entre les acteurs de l’Education: les enseignants toutes disciplines et ceux de la Culture: les intervenants culturels – musiciens, plasticiens, cinéastes…
C’est alors que je fus nommée à mi- temps « Secrétaire de la Commission Académique d’Action Culturelle du Rectorat de Paris« , plus spécialement chargée de la Musique, du Cinéma et de l’ Audiovisuel. Cette fonction me mettant en relation avec l’Opéra de Paris au moment où se créait l’opéra Bastille et s’affichait la volonté de faire de ce lieu un « opéra populaire » me permit de concevoir, de mettre en œuvre, en accord avec les artistes qui renonçaient à leurs droits face à un projet d’éducation et de diffusion non-commerciale, la série de vidéo cassettes pédagogiques « A propos de … ».

Chaque document, conçu pour les élèves de l’enseignement secondaire, les étudiants et les Jeunesses Musicales de France (J M F), permettait de suivre la création à l’Opéra de Paris d’une grande œuvre du répertoire. De la première répétition jusqu’à la Générale nous enregistrions, avec une équipe légère de professionnels de l’image et du son, le travail des chanteurs, celui des instrumentistes, du chef d’orchestre, du metteur en scène, éventuellement du chorégraphe. Nous entremêlions interviews des artistes, histoire et analyse de l’œuvre… La phase finale du montage ayant lieu au lendemain de la Générale, la production et la diffusion des cassettes en direction des établissements scolaires se faisant très rapidement, permettaient aux lycéens et étudiants de regarder la cassette avant d’assister à l’une des représentations.
Co-produit par Le Théâtre National de l ‘Opéra, les ministères de l’Education Nationale et de la Culture, la Vidéothèque de Paris, La Maison de l’Audiovisuel (créée en janvier 1982) avec le soutien de la Société Générale, la série dû être interrompue, après la réalisation de cinq documents, dont «à propos de Tristan Und Isolde» de Richard Wagner, «Wozzeck» d’Alban Berg, «Casse-Noisette» de Tchaïkowski… faute de reconduction des financements.

Avec le Protocole d’accord signé le 25 Avril 1983 entre Jack Lang Ministre de la Culture et Alain Savary, Ministre de l’Education Nationale se renforçait, s’ institutionnalisait la collaboration entre les deux ministères dans le domaine notamment des ateliers de pratique artistique Arts plastiques, Théâtre et Cinéma et Audiovisuel.
À la rentrée scolaire de 1984 était créée à titre expérimental dans 14 lycées, dont le Lycée Paul Valéry, une « option cinéma et audiovisuel », facultative en classe de seconde. Les textes officiels de février 1984, précisaient que cette expérimentation devrait être guidée par des principes à la fois pédagogiques et artistiques, s’appuyer sur la transmission d’une culture cinématographique et un aperçu de la pratique du cinéma. Les textes stipulaient que l’enseignement hebdomadaire de trois heures concernerait 16 élèves et serait assuré conjointement par une équipe d’enseignants toutes disciplines et par un intervenant culturel agréé par le Centre National du Cinéma. Des mesures financières accompagnaient cette décision: chaque option se voyait dotée de trois heures d’enseignement et de 10 000 francs par le ministère de l’Education Nationale, de 20 000 francs par le Centre National du Cinéma (Ministère de la Culture).
Dès la parution des textes officiels, s’était constituée, dans l’enthousiasme, l’équipe pédagogique du lycée Paul Valéry composée d’enseignants, tous cinéphiles (Anne-Marie Roux, professeur agrégé de lettres, Marie-Claude Hautecoeur, professeur agrégé d’ histoire et géographie, Isabelle Chapron, professeur d’Anglais inscrite en maîtrise de cinéma, Michel Adam, conseiller d’Education, inscrit en maîtrise de cinéma, Bruno Alcala , surveillant d’externat, inscrit en maîtrise d’esthétique, de Jean-Paul Dupuis, cinéaste intervenant et de moi-même, professeur certifié d’éducation musicale, coordinateur de «l’équipe cinéma» .
Le projet déposé au mois de février 1984, adopté au mois de Juin fit l’objet d’un courrier d’information spécifique en direction des futurs élèves de seconde.
Après avoir participé au stage de Toulouse le Mirail «Cultures Cinématographiques et Langages Audiovisuels», organisé dans le cadre de l’université d’Eté de Juillet 1984, nous démarrions l’option de Paul Valéry avec 16 élèves sélectionnés sur 36 candidats retenus parmi les 50 inscrits.
Ayant pour mission d’inventer un nouvel enseignement artistique dont les textes officiels demandaient qu’il s’appuie à la fois sur «la transmission d’une culture cinématographique et un aperçu de la pratique du cinéma», nous mîmes au point un enseignement basé, à part égale, sur la pratique de l’image et du son, l’acquisition des rudiments de l’écriture cinématographique (notion de plan, de cadrage, d’éclairages, de montages), et l’analyse de quelques grandes œuvres cinématographiques, allant des films d’art des années 30 (par exemple:  » le Ballet mécanique » de Fernand Léger ) à ceux des années 80 (par exemple:  » la Femme qui se poudre » de Patrick Bokanowsky) en passant par quelques grands films narratifs, par exemple, « M Le Maudit » de Fritz Lang, « la Règle du jeu » de Jean Renoir ou « Citizen Kane » d’Orson Welles.

Nous tenions compte à la fois du désir de connaître et « de faire » des élèves, de notre pratique de réalisation d’un cinéma plus proche du cinéma documentaire et du « cinéma différent/expérimental » que du cinéma de fiction. Nous nous référions à l’enseignement de la musique et des arts plastiques qui associaient naturellement la pratique artistique (le chant, la flûte, le dessin, la peinture) à la connaissance des œuvres et des auteurs.
Enfin, nous utilisions les moyens en locaux et en matériels qu’offrait le lycée Paul Valéry (salle de projections 16 mm et salle « vidéo » équipée de postes de télévision et de magnétoscope, projecteur super 8, postes de télévision et magnétoscope portables, appareils photos, caméra super8, caméra vidéo, visionneuses) et ce que mettait à la disposition de l’option, le Collectif Jeune Cinéma (caméras, visionneuses, projecteurs super 8 et 16 mm, table de montage 16mm). L’année d’expérimentation en classe de seconde devait permettre à l’équipe de mettre au point sa pédagogie, basée sur la dialectique, pratique-analyse, de se former au maniement des outils, et de concevoir ce que deviendrait l’enseignement du cinéma et de l’audiovisuel en classe de première, puis en classe de Terminale, si les ministères de tutelle décidaient de poursuivre l’opération.

Ce qui fut fait.

Quant aux élèves, tout aussi enthousiastes et passionnés que leurs professeurs et intervenant, ils déclaraient :
« Venir à l’option par intérêt et continuer jusqu’en terminale, même si ça ne comptait pas pour le bac »
« Ne pas attendre de l’option qu’elle les prépare déjà à la vie professionnelle, mais quelle leur permette de «mieux lire l’image, de mieux comprendre ce qui se passe derrière la caméra »…
« Vouloir apprendre à se servir d’une caméra et à s’exprimer à travers l’audiovisuel, à faire « même » un film à plusieurs »
« Vouloir apprendre tout ce qui concerne le cinéma, leur art préféré ».
Ils déclaraient aussi qu’ils aimaient tous l’option, « un cours pas comme les autres, un cours où l’on peut discuter, échanger avec les professeurs, un cours où la présence de l’intervenant leur semblait « déterminante » lui qui leur montrait et enseignait que « le montage était la seule façon d’écrire le cinéma ».
La « production » des élèves, répartis en quatre équipes de réalisation fut révélatrice de leur enthousiasme et du sérieux de leur investissement – 4 films documentaire sur Paris en super 8, – 5 films réalisés à partir du poème de Baudelaire « Le Miroir » en super 8, – 4 reportages vidéo : dont l’un sur « la semaine de l’Education » organisée au Lycée Henri IV, les répétitions du club théâtre du lycée et le festival du théâtre scolaire, la fête de fin d’année du lycée…  
À ces réalisations s’ajoutaient les nombreux exercices d’apprentissage du tournage et du montage encadrés, commentés et corrigés par Jean-Paul Dupuis.

L’année de l’ouverture de Option Cinéma et Audiovisuel suivie de près par le Centre National du Cinéma et notamment par Jack Gajos, valut au Lycée Paul Valéry la visite du ministre de la Culture Jack Lang, et fit l’objet de nombreux reportages dont ceux de FR3, Les Cahiers du Cinéma, le Journal de l’Etudiant, France Culture…

Devant la réussite des 14 premières options, l’expérimentation se poursuit en 1985 avec l’ouverture de la classe de première et celle de 7 autres classes de seconde puis, en 1986, avec celle des classes de Terminale.

A la rentrée scolaire de 1985, au moment où Jack Gajos est chargé par Jack Lang de la création de l’INIS ( Institut National de l’Image et du Son) qui deviendra en 1986 la FEMIS ( Fondation Européenne des Métiers de l’Image et du Son, appelé administrativement aujourd’hui : l’ Ecole Nationale Supérieure des Métiers de l’Image et du Son), je suis mise à disposition par le Ministère de l’Education Nationale au Ministère de la Culture pour y assurer les relations entre la FEMIS , le Ministère de l’Education Nationale, les universités, et à ce titre, participer aux travaux d’un « groupe de pilotage » interministériel qui s’appellera bientôt COSEAC (Commission interministérielle d’Orientation et de Suivi de l’Enseignement de l’ Audiovisuel et du Cinéma).

La COSEAC, présidée par Pierre Baqué, Conseiller pour les enseignements artistiques auprès de la DLC (Direction des Lycées et Collèges) et par un représentant de Dominique Wallon, Directeur Général du CNC, est composée de représentants institutionnels, de professeurs de l’enseignement supérieur et secondaire, d’intervenants professionnels de la FEMIS, de partenaires culturels.

Elle est chargée, entre autres, de la conception des programmes et des épreuves du baccalauréat Cinéma et Audiovisuel ainsi que du plan de formation des enseignants et partenaires culturels des futures sections Cinéma et Audiovisuel des Lycées. L’expérimentation réussie du lycée Paul Valéry, le soutien des professionnels de la FEMIS ainsi que celui de mes collègues de l’Université de Paris III Sorbonne Nouvelle où j’enseigne désormais, me permettent de convaincre les membres de la COSEAC de proposer un enseignements du Cinéma et de l’Audiovisuel ainsi que des épreuves au baccalauréat s’appuyant à la fois sur la pratique cinématographique (réalisation de préférence d’un court film documentaire écriture du scénario, tournage, montage), la présentation et l’analyse de trois œuvres cinématographiques.

Le 24 février 1986, lors du Symposium National sur l’enseignement du Cinéma et de l’Audiovisuel « Enseignement, création et Formation », co-organisé par les Rencontres audiovisuelles CNDP-INRP (Centre National de Documentation Pédagogique -Institut National de Recherche Pédagogique) et la FEMIS, le Ministre de l’Education Nationale, Jean Pierre Chevènement, annonce:

- l’institutionnalisation des options Cinéma et Audiovisuel qui deviennent des sections intégrées à la filière A3 littéraire et artistique.

- La création d’un baccalauréat A3, littéraire et artistique avec option cinéma et audiovisuel, dont la première session se déroulera en 1989.

- La création d’une licence et d’une maîtrise d’études cinématographique et audiovisuelle nationales.

Le Ministre définit, le contenu, les objectifs et les caractéristiques de ce nouvel enseignement:

- Cinéma et Audiovisuel doit être considéré comme un objet d’étude et un outil pédagogique.

- Il participe, comme toutes les autres disciplines au développement de l’intelligence et de la sensibilité, contribue à la formation du jugement et de l’esprit critique, prépare l’individu à sa vie professionnelle et de citoyen.

- Ce nouvel enseignement comporte l’apprentissage du langage, la lecture et l’écriture de l’Image et du Son, ce qui implique la manipulation des outils, l’initiation aux techniques, et débouche sur la maîtrise d’un nouveau moyen d’expression, de communication et de création.

Le ministre précise que:

- L’enseignement du Cinéma et de l’Audiovisuel vise également à transmettre une culture cinématographique et télévisuelle en relation avec toutes les autres composantes de la culture.

- L’intégration de l’audiovisuel dans le système éducatif ne saurait se faire sans la prise en compte de l’environnement audiovisuel, de son influence sur les comportements et l’évolution des enfants et des adolescents, de la réalité d’un acquis transmis pat la Télévision et le Cinéma, en dehors de l’Ecole.

L’introduction de ce nouvel enseignement suppose des moyens financiers nécessaires permettant: l’équipement des établissements scolaires, la formation des enseignants. L’université doit jouer un rôle prépondérant dans la formation culturelle et théorique des étudiants , et à priori, des futurs enseignants dans les domaine du Cinéma et de l’audiovisuel.

Cet enseignement doit se faire à travers la mise en place et le développement d’unités de valeurs intégrées dans des filières non spécifiques (par exemple en langues vivantes ou en arts plastiques), dans des filières du 1er cycle conduisant aux DEUG Cinéma et Audiovisuel, Communication à forte dominante théorique ou à des DEUST à dominante plus technique et pratique que théorique ainsi que par la création de la licence et de la maîtrise de cinéma dans le second cycle des universités habilitées à dispenser cet enseignement.

Entre le mois de février et juillet 1987 paraissent successivement au Bulletin Officiel, les programmes des classes de Seconde, de Première et de Terminale des lycées ainsi que celui des épreuves de Cinéma et audiovisuel du baccalauréat de l’enseignement du second degré. En Juillet 1989, se déroule le premier baccalauréat A3, Cinéma et audiovisuel, premier diplôme européen sanctionnant les études secondaires intégrant une épreuve « Cinéma et l’Audiovisuel »

D – DES STAGES NATIONAUX de FORMATION à la FEMIS au CONSEIL de l’EUROPE et au PROJET du CENTRE EUROPEEN de l’IMAGE et du SON.

Entre 1987 et 1988, les enseignants et partenaires culturels des sections A3 cinéma et audiovisuel, bénéficient de 7 stages nationaux de formation à la FEMIS, stages que je conçois pour répondre aux besoins exprimés par les enseignants et leurs partenaires culturels. Ces stages de deux semaines axés sur la réalisation du film documentaire s’organisent autour d’une semaine de tournage et d’une semaine de montage et se déroulent dans les locaux de la FEMIS encore installée au Palais de Tokyo.

Ils sont encadrés par les professionnels chargés de la formation des étudiants de la FEMIS, tant dans le domaine de la pratique cinématographique (réalisateurs, monteurs, directeurs de la photo, compositeurs) que dans celui de l’analyse filmique (universitaires et critiques de cinéma). Ils permettent non seulement aux équipes pédagogiques de bénéficier d’une formation nationale initiale de qualité répondant à leurs besoins, mais également de réfléchir, entre « professeurs apprentis cinéastes » et intervenants culturels « apprentis professeurs » sur la notion d’une «pédagogie de la création et les méthodes de transmission des savoirs qu’ils ont l’intention d’utiliser.

En 1987, aux côtés des stages organisés à PARIS, j’organise, à la demande de la MAC (Mission d’Action Culturelle du Rectorat de la Réunion), un stage de formation à l’île de la Réunion. Ce stage, qui se déroule dans le cadre de l’Université d’Eté « de l’Ecrit à l’Image » propose, à la demande des Réunionnais, « des ateliers-scénario » et des ateliers « réalisation du film documentaire ».

Précédé par des « journées préparatoires » qui se sont déroulées au mois de novembre 1986 à Saint-Denis de la Réunion, et m’ont permis de rencontrer Roland Morel directeur de la Mission d’Action Culturel et ses collaborateurs, les représentants de la DRAC Réunion ainsi que des enseignants et des vidéastes professionnels, ce stage de deux semaines est destiné aux enseignants et partenaires culturels engagés dans des actions d’éducation à l’audiovisuel tant à l’université, au lycée qu’au collège, tant à la Réunion que dans les autres îles de l’Océan Indien (Madagascar, les Seychelles, l’île Maurice).

Il doit répondre aux demandes des stagiaires:

- Apprendre à réaliser un film documentaire

- Apprendre à passer de l’écriture littéraire à l’écriture pour « l’audiovisuel »

- Apprendre à tourner et à monter en vidéo avec un matériel léger correspondant aux équipements et aux besoins des établissements scolaires.

Co-organisé avec la MAC ( Mission d’Action Culturelle Rectorat de la Réunion) avec l’aide de la DRAC de la Réunion (Direction Régionales des Affaires Culturelles), du Centre National du Cinéma (CNC), du Conseil Régional de la Réunion, du Ministère des relations extérieures et de la coopération, avec la participation de nombreuses structures culturelles et audiovisuelles de la Réunion (Université de la Réunion, Cinémathèque de la Réunion, Télévision scolaire, Radio France Outremer, cinéma «Splendid» de Saint Paul, CRDP (Centre Régional de Documentation Pédagogique etc…) et le soutien d’Air France, du Crédit Agricole, du Village Vacance Famille (VVF), l’Université d’Eté accueille plus de 70 participants (dont 45 réunionnais, 14 métropolitains, 5 malgaches, 3 mauriciens et 4 seychelliens).

La délégation de la FEMIS conduite par le Président de la FEMIS, le scénariste Jean-Claude Carrière et moi-même, assure l’encadrement pédagogique de l’Université d’Eté. Elle comprend:

- Yves Turquier, directeur du département vidéo de la FEMIS

- Serge Le Péron, scénariste, réalisateur et critique

- Jean-Paul Dupuis, réalisateur et compositeur

- Jean Douchet , critique et réalisateur, chargé d’analyse filmique et des cours d’histoire du cinéma à la FEMIS.

Les formateurs de la FEMIS sont secondés pendant les phases de tournage et de montage des films documentaires par des « animateurs d’équipe » formateurs ou responsables techniques des ateliers audiovisuels de l’Île auxquels s’ajoutent des «animateurs réalisateurs», étudiants en 2ème année de l’IDHEC (Rithy Pan, Pierre Sullice, Bertrand Elverde, Valery Gaillard) et en 1ère année de la FEMIS (Laure Dollfus, Francine Filatriau, Christine François, Frédéric Videau).

L’atelier « scénario », animé par Serge Le Péron se déroule sur deux semaines, et, à la demande de la MAC, propose un travail sur l’adaptation cinématographique d’un extrait du roman de l’écrivain réunionnaise Marguerite Hélène Mahé:  » Eudora ou l’île enchantée « .

Le travail de préparation et d’écriture du scénario de l’extrait d’Eudora ou l’île Enchantée est accompagné d’un travail d’analyse des différentes étapes de l’écriture du scénario et du découpage technique du  » Charme discret de la Bourgeoisie  » de Luis Bunuel (scénario: Jean Claude Carrière) et  » Tirez sur le pianiste  » de François Truffaut (scénario: Marcel Moussy), ainsi que par des visites sur les lieux d’Eudora : Mahavel et ses collines, la ravine de Saint-Gilles, celle des Cabris, la Maison de Madame Desbassayns devenu le Musée Historique de Villèle…

La formation à la réalisation du film documentaire se déroule au sein de 8 ateliers réalisation-tournage-montage. Munie de son synopsis, de son responsable technique, d’un animateur réalisation et d’un photographe reporter, chaque équipe se rend sur son lieu de tournage, ce qui permet aux stagiaires de découvrir, d’admirer, de comprendre avant de les filmer: Cilaos et ses Thermes, le Volcan et ses alentours, Le Grand-Bénare et l’Observatoire Volcanologique de la Réunion, la culture du géranium, ou bien encore les tables d’hôtes, les lieux de médecine traditionnelle (avec Mme Visnelda) confrontée à la médecine moderne, les élèves d’une école dans les « Hauts de la Réunion » la régulation des eaux à la Réunion….

Chaque équipe assume librement la réalité du tournage et du montage:
– Organisation des déplacements et des hébergements avec l’aide des responsables d’intendance du stage,
– Mise en place de l’équipe et préparation du matériel (Vidéo 3/4 U-Matic et Vidéo8, magnétophones portables, banc de montage 3/4 de pouce) matériel prêté par divers ateliers et sociétés de production réunionnais et par la FEMIS.
– Tournage d’un film réalisé collectivement avec la nécessité pour chacun de pratiquer la prise de vue, la prise de son la technique d’interview.
– Montage élaboré collectivement mais banc de montage manipulé par le responsable technique de l’atelier.
En fin de journée (et la nuit tombe vite à la Réunion), stagiaires et intervenants se retrouvent dans les jardins du VVF pour faire « le point » et assister aux projections de films documentaires et de fiction présentés et analysés par Jean Douchet.
Un questionnaire de « fin de stage » rend compte du plaisir qu’ont eu les stagiaires et les intervenants, de l’efficacité de la formation, de la richesse des échanges, et de l’espoir « qu’il y aura d’autres stages organisés par la FEMIS qui leur a permis d’approfondir leurs connaissances, tant sur le plan de la pratique du film documentaire, de l’écriture du scénario que sur le plan de la culture et de l’analyse cinématographique.

E – DE LA FEMIS au CONSEIL DE L’EUROPE

Cheville ouvrière de la politique culturelle française d’éducation au Cinéma et à l’Audiovisuel en liaison avec la formation des professionnels, la FEMIS est contactée, au printemps de 1988, par le Conseil de l’Europe pour participer au forum européen de réflexion et de propositions intitulé :

Initiation au langage de l’image et du son, formation des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel.

Conçu comme un lieu de discussions, d’échanges, de confrontations d’expériences et de propositions, plutôt qu’un lieu d’études et d’analyses approfondies, le forum se déroule à Frascati (Italie), du 27 au 29 septembre 1988. 

Organisé par la Division des Affaires Culturelles du secrétariat général au Conseil de l’Europe, avec le soutien du comité directeur de l’ AECTV (Année Européenne du Cinéma et de la Télévision) et la coopération du ministère italien du spectacle, du tourisme et du sport ainsi que celui de Centre Culturel Salésien, le Forum de Frascati réunit une soixantaine de participants : experts gouvernementaux du Comité pour le Cinéma du Conseil de l’Europe dont le Président Gérard Valter, représentants des ministres de la Culture et de l’Education, professionnels du Cinéma et de l’Audiovisuel, responsables de la formation initiale et continue des professionnels de l’Image et du Son, enseignants, Directeurs de programmes pour la jeunesse de chaînes de télévision, journalistes spécialisés, venus d’Autriche, de Belgique, de Chypre, de la république Fédérale d’Allemagne, de Finlande, de France, d’Islande, d’Ireland, d’Italie et du Saint Siège, de Norvège, de Suède, du Royaume-Uni et de Yougoslavie.
Tandis que Colin Young, président du CILECT (Centre International de liaison des Ecoles de Cinéma et de Télévision, Directeur du NFTS (National Film and Televisiion School) est chargé de la partie « formation des professionnels du Cinéma et de l’Audiovisuel (seconde journée du forum), je prépare et conduis la première journée concernant « l’initiation au langage de l’image et du son ».
Le Forum de Frascati fait suite à plusieurs séminaires, études et rapports dont celui de l’UNESCO (1977) consacrés à l’éducation aux médias.
Au moyen de son intitulé même, le Forum de Frascati affirme le déplacement des préoccupations entre l’éducation aux médias permettant certes mais seulement de comprendre et d’analyser les messages proposés par une minorité ( les professionnels du Cinéma et de la Télévision), et l’accès au langage des images et des sons, nouveau moyen d’expression et de communication donné à tous.
Parallèlement, il met l’accent sur la nécessaire relation entre l’initiation aux langages de l’Image, commune à tous les individus, et la formation des professionnels du Cinéma et de la Télévision, émetteurs des messages en directions de publics désormais initiés, devenus spectateurs et téléspectateurs « actifs ».
Un questionnaire préparatoire adressé par le Secrétariat Général du Conseil de l’Europe aux responsables des départements spécialisés des ministères de l’Education, de la Culture et aux responsables des programmes pour la jeunesse des chaînes de télévision des 25 états membres du Conseil de la Coopération Culturelle a permis :

- De dresser un premier état des conditions matérielles susceptibles d’aider à l’initiation au langage de l’image et du son,
– De connaître plus précisément de quelle façon est utilisé l’Audiovisuel dans les systèmes scolaires,
– D’entrevoir la logique interne relative à l’introduction de l’Audiovisuel dans les différents systèmes éducatifs
– D’entrevoir, dans l’introduction de cet enseignement, quelles sont les méthodes pédagogiques communes aux 25 états membres.

Durant les deux journée du Forum, de fructueux échanges font suite aux communications qui rendent compte d’expériences nationales très diverses, concernant à la fois l’Ecole, la Culture, la Télévision, les réseaux associatifs, la formation initiale et continue des professionnels du Cinéma et de la Télévision.
Les travaux des participants aboutissent aux recommandations du Conseil de l’Europe suivantes :
- Que soit intégrée dans la formation générale des Européens et donc prise en compte par les systèmes éducatifs et les lieux d’action culturelle, l’initiation aux langages de l’image et du son, indissociable de l’éducation aux médias.
– Que cette initiation soit basée sur la lecture et l’écriture des signes, la connaissance et la pratique du vocabulaire, le maniement des outils ainsi que sur la découverte et l’analyse des œuvres cinématographiques et télévisuelles, initiation tenant compte de l’âge et du niveau culturel des enseignés
– Que cette initiation soit réellement permise par des mesures relevant des pouvoirs politiques et concernant : la formation des enseignants, la mise en place d’équipements adaptés aux structures de formation, aux niveaux et à l’âge des enseignés, la production d’un matériel didactique adapté aux besoins des enseignants et des enseignés.
– Que soient établies des passerelles entre la formation des publics et la formation initiale et continue des professionnels du Cinéma et de la Télévision.
– Que soient développées les structures de formation professionnelle existantes dans le cadre de la coopération européenne et qu’elles soient plus largement ouvertes aux femmes et aux minorités ethniques.
En conclusions du Forum, les participants acceptent à l’unanimité la proposition d’un groupe de travail restreint chargé de réfléchir sur un programme européen minimal d’initiation aux langages de l’Image et du Son, établi à partir des expériences nationales et des recommandations émanant du Forum de Frascati.
Faisant suite au Forum de Frascati, le colloque national de Strasbourg,( Novembre 1988) organisé par la revue Contre plongée et les Rencontres Cinématographiques d’Alsace sous l’égide du Conseil de l’Europe, avec la participations des représentants des ministères de l’Education nationale, de la Culture , des enseignants, des professionnels du Cinéma et de l’Audiovisuel ainsi que des experts gouvernementaux du Comité pour le Cinéma du Conseil de l’Europe, inclut dans ses conclusions le projet de création d’un Centre Européen de l’Image et du Son tel que les conclusions du Forum de Frascati m’ont amené à le concevoir.

F – LE C.E.I.S. (Centre Européen de l’Image et du Son)

Le CEIS se définit alors comme :

– Un centre européen de rencontres, d’échanges entre des personnes physiques ou morales concernées par l’initiation aux langages de l’image et du Son, l’éducation aux médias audiovisuels, la culture cinématographique et télévisuelle.
– Un centre européen de recherches et d’expérimentation concernant les langages, les media, les technologies et les arts de l’Audiovisuel associé désormais à l’Informatique et à la Télématique
– Un centre européen de formation de formateurs des enseignants toutes disciplines, et tous niveaux et de formateurs d’animateurs culturels, en liaison avec la formation initiale et continue des professionnels de l’Image et du Son.
– Un centre européen de coordination de la production et de la diffusion des produits audiovisuels concernant non seulement les langages de l’Image et du Son, la culture cinématographique et télévisuellle mais aussi toutes disciplines susceptibles d’utiliser l’Audiovisuel comme support d’enseignement, outils pédagogique complémentaire de l’Ecrit et de l’Oral.

Le fonctionnement du CEIS reposera sur des personnels permanents ou temporaires issus des états européens associés à la création du CEIS, ainsi qu’aux études de faisabilité. Il comprendra un noyau administratif, des équipes de chercheurs en sciences de l’Education, de professionnels de l’Image et du Son, des enseignants, des organisateurs de stages de formation et de manifestations culturelles.

Le CEIS sera équipé en matériel de tournage et de montage vidéo et cinéma semi professionnels et professionnels ainsi que de salles de réunion et de projection. 

Le CEIS, projet piloté par la France, sous l’égide du Conseil de l’Europe et de la Communauté Européenne, associera tous les états membres de la Coopération Culturelle qui se porteront candidats : au financement des études préliminaires, à la construction et au fonctionnement du CEIS.

Cette participation financière établie en fonction des quotas définis par le Conseil de l’Europe impliquera leur participation à l’organisation, à la gestion du Centre ainsi qu’aux orientations de ses actions et de ses recherches.

Plusieurs réunions avec les experts Européens organisées à Strasbourg par la Division des affaires culturelles au Secrétariat général du Conseil de l’Europe dirigée par Charles Zaegel, et à Paris par la FEMIS, précèdent la mise en œuvre du projet du CEIS.

Le contexte politique Français et Européen semble alors particulièrement favorable à cette mise en œuvre : les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté Européenne réunis à Rhodes au mois de décembre 1988 se sont ralliés à la proposition du Président de la République Française François Mitterrand de créer un » Eureka Audiovisuel » dont les premières assises se dérouleront à Paris au mois d’octobre 89.
De nombreux travaux , au sein du Conseil de l’Europe et de la Communauté Européenne ont abouti à des décisiosn visant à soutenir et à encourager la création, la production et la diffusion de l’audiovisuel européen ( Eurimages, Plan MEDIA 92).

Cependant, au lendemain du Forum de Frascati et du colloque de Strasbourg… Tout reste à faire…

Pour que le projet devienne réalité, il faut :
- Trouver les moyens financiers qui permettront à une structure opérationnelle de vérifier la faisabilité du projet.
obtenir l’engagement financier tant pour la construction que pour le fonctionnement du CEIS d’au moins deux autres Etats européens pour que ce projet piloté par la France devienne véritablement une réalisation européenne.
– Trouver un lieu d’implantation pour le Centre Européen de l’Image et du Son.

Alors que je prépare le dossier de présentation du projet destiné à obtenir l’accord et l’aide financière du ministère de la Culture de la Communication, des grands travaux et du Bicentenaire, du ministère de l’Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports, ainsi que celui des Affaires européennes, je suis contactée par Michel Vauzelle.
Député des Bouches-du-Rhône, candidat à l’élection municipale d’Arles, Michel Vauzelle est désireux de proposer à sa ville un projet culturel d’envergure, un projet «qui redonne à Arles sa dimension historique de carrefour de la communication et d’échanges entre le Sud et le Nord de l’Europe, entre l’Europe et le Bassin Méditerranéen».

Par ailleurs, le CEIS est un projet fédérateur et complémentaire des autres réalisations de sa ville : Les Rencontres Internationales de la photographie créées par Lucien Clergue et Jean Marie Rouquette (Conservateur en chef des musées d’Arles) l’Ecole Nationale de la Photographie, (l’un des premiers grands projets de Province décidé par François Mitterrand), l’université d’Eté de la radiophonie, sans oublier les Editions Actes Sud, Harmonia Mundi et le Collège International des traducteurs.

Au mois de janvier 1989, en concertation avec le Secrétariat Général du Conseil de l’Europe, Michel Vauzelle et moi-même présentons le projet à Jack Lang, Ministre de la Culture, de la Communication, des Grands travaux et du Bicentenaire.
Au mois de février m’est confiée par Jack Lang une mission d’étude et de faisabilité du CEIS, mission que je dois mener en liaison avec la FEMIS et pour laquelle le Ministre de l’Education Nationale, de la jeunesse et des sports Lionel Jospin prolonge mon détachement de l’Education Nationale.
Une subvention de fonctionnement est allouée par le CNC à l’association de Préfiguration du Centre Européen de l’Image et du Son (APCEIS).

L’APCEIS est créée pour « permettre toutes études, recherches, contacts et actions qui seront nécessaires à la création du Centre Européen de l’Image et du Son ».

Michel Vauzelle est le Président de l’Association de Préfiguration du CEIS.

Jérôme Clément, Président du Directoire de la Sept et Eliane Victor productrice en sont les Vice-Présidents.

Pierre Baqué professeur des Universités et chargé de mission par le Ministre de l’Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports en est le Secrétaire Général, et

Jack Gajos Délégué Général de la FEMIS le trésorier.

En tant que déléguée générale de l’APCEIS, je dois prioritairement :
- M’occuper de l’ancrage du CEIS en Arles
– Renforcer les contacts avec les organismes français et européens intervenant déjà dans le secteur de l’Education, de la Culture et de la formation aux métiers de l ‘Audiovisuel.
– M’assurer de la prise en compte politique et économique du CEIS par le Conseil de l’Europe et la Communauté Européenne.
Lors de la réunion du Comité des experts gouvernementaux pour le Cinéma du Conseil de l’Europe les 9 et 10 mars 1989, les membres du Comité décident unanimement de soutenir le projet et approuvent son implantation éventuelle à Arles.
Après les élections municipales… bien que le nouveau maire d’Arles ne soit pas Miche Vauzelle, mais Jean Pierre Camoin, je décide, avec l’accord du bureau de l’APCEIS, de poursuivre l’opération « CEIS » en Arles.
Du 3 au 5 juillet se déroule à Arles « les journées d’Arles 1989 », colloque préparatoire à la création du CEIS.
Ce colloque , dédié, sur la proposition de Jack Gajos, à la mémoire de Joris Ivens, grand documentariste et grand pédagogue, est organisé par l’APCEIS et la Division des affaires Culturelles du Conseil de l’Europe, avec le soutien logistique de la FEMIS, les soutiens du CNC, du Conseil Général des Bouches-du-Rhône et du Conseil Régional Provence Alpes Côte d’Azur, de la ville d’Arles ainsi que de la chambre de commerce et d’industrie d’Arles et l’aide de l’Ecole Nationale de la photographie.
Il propose deux assemblées plénières accueillant plus de deux cent personnes dont les représentants des ministres français de la Culture, de l’Education, des affaires Etrangères et Européennes , ceux des ministres européens de la Culture et de l’Education, auxquels s’ajoutent des experts gouvernementaux pour le Cinéma de Belgique, du Danemark, d’Italie, du Royaume Uni, de Yougoslavie, du Portugal, d’Espagne , ainsi que les présidents ou vice présidents des instances régionales chargée de la Culture et de l’Education , des enseignants , de la Maternelle à l’Université, des présidents d’associations culturelles et des étudiants , sans oublier les membres du Bureau de l’APCEIS.

Les assemblées plénières encadrent deux demi-journées de travaux en commissions réservées à une cinquantaine de spécialistes.

La commission 1 est présidée par Carry Bazalgette (Royaume-Uni) membre du British film Institute et expert gouvernemental pour le Cinéma du Conseil de l’Europe, et par Pierre Baqué, Président rapporteur, ( France) professeur des Universités, chargé de mission par le Ministre d’Etat, Ministre de l’Education nationale, de la jeunesse et des Sports
Cette commission est chargée de réfléchir sur le CEIS considéré comme centre de formation des formateurs des enseignants et des animateurs socioculturels formation menée en relation avec la formation des professionnels du Cinéma et de la Télévision

La commission 2 est présidée par Christine Dano, chargée de mission à la Direction de l’Audiovisuel du Ministère de la Communauté Française de Belgique et experte gouvernementale pour le Cinéma du Conseil de l’Europe et par Gérard Valter (Président rapporteur), président du Comité des experts gouvernementaux pour le Cinéma du Conseiol de l’Europe.
Cette commission réfléchit sur le CEIS considéré comme centre de coordination européen de la production et de la diffusion des produits audiovisuels culturels éducatifs considérés comme outils pédagogiques, supports ou auxiliaires d’enseignement.

Les conclusions des Journées d’Arles réaffirment le soutien des états européens au projet du CEIS qui : »ayant pour objet l’éducation en profondeur des publics européens aux medias audiovisuels et l’initiation aux langages de l’Image et du Son » :

- Répondent aux préoccupations et aux besoins des Etats européens, soucieux de la sauvegarde et du développement de l ‘audiovisuel européen, donc des cultures, de la liberté d’expression, de communication et de création.
– S’inscrit dans la continuité de la réflexion menée depuis plusieurs années ainsi que des propositions faites tant par le Conseil de l’Europe, L’UNESCO , que par des responsables de l’Education , de la Culture, de réseaux associatifs, des différents états membres.

A l’Issue des Journées d’Arles les missions et le fonctionnement du CEIS paraissent clairement définis.
le CEIS sera:
- Un lieu de rencontres et d’échanges européen pour les personnes physiques et morales concernées par l’éducation aux medias audiovisuels et à l’initiation aux langages de l’Image et du Son ( « le tronc commun »).

- Un centre de recherches et d’expérimentation en ce qui concerne notamment l’influence de l’environnement audiovisuel sur le développement des facultés sensibles et intellectuelles de l’Enfant.(axe n°1)

- Un centre de formation continue de formateurs de formateurs des enseignants, des animateurs de centres et réseaux culturels, en liaison avec les centres de formation des professionnels de l’Image et du Son et le CILECT (Centre International de liaison des Ecoles de Cinéma et de Télévision). Étant bien entendu que le CEIS ne devra pas reproduire les dispositifs déjà mis en place dans les différents Etats, mais apportera des solutions complémentaires à ces dispositifs.(axe n°2)

- Un centre européen de coordination de la production et de la diffusion des produits audiovisuels concernant non seulement les langages de l’Image et du Son, la culture cinématographique et télévisuelle mais aussi toutes disciplines susceptibles d’utiliser l’Audiovisuel comme support d’enseignement, outils pédagogique complémentaire de l’Ecrit et de l’Oral.(axe n°3)

Cet axe s’appuiera sur une banque de données et d’images, constamment réactualisée, présentant les productions audiovisuelles éducatives européennes, de même que les expériences de formation en milieu scolaire, para- scolaire ainsi que les besoins des enseignants, de l’éducation préscolaire aux enseignements supérieurs.

Le fonctionnement du CEIS reposera sur des équipes de chercheurs en sciences de l’Education, de professionnels de l’Image et du Son, d’enseignants, d’informaticiens, d’organisateurs de stages de formation et de manifestations, sur un personnel administratif et de maintenance composé de « Permanents » et de « Temporaires » issus des Etats européens associés à la création et au fonctionnement du CEIS. Il est accepté par tous les participants que le CEIS, tel que le proposent l’auteur du projet et l’Association de Préfiguration du Centre Européen de l’Image et du Son ( APCEIS) soit implanté en Arles. Il est souhaité par tous les participants que ce projet, « garant des libertés européennes et de la sauvegarde des identités culturelles, puisse se réaliser grâce à l’action et aux efforts conjugués de l’Etat Français, de la Région Provence Alpes-Côte d’Azur (PACA) et des régions avoisinantes, du département des Bouches-du-Rhône, de la ville d’Arles, des Etats membres du Conseil de l’Europe et de la Communauté Européenne.

Il est décidé:

- L’ouverture immédiate de l’APCEIS à tous les Etats membres du Conseil de l’Europe s’engageant financièrement:

- Dans les études préliminaires à la création du CEIS

- Dans les actions de préfigurations

- Dans la construction du CEIS

L’intégration des experts des Etats adhérant à l’APCEIS dans les groupes de travail chargés de la conception, de la préparation, de l’organisation des actions de préfiguration.
L’organisation d’un séminaire de réflexion et de propositions relatives à la production et à la diffusion des produits audiovisuels culturels et éducatifs qui se déroulera, sous l’égide et avec le soutien du Conseil de l’Europe, en Arles au mois de juillet 1990.
La presse régionale ayant très bien couvert la manifestation, les Arlésiens, tout comme les autres habitants de la Région PACA, attendent, très attentifs, la suite des évènements. Dans ce contexte, Werner Rauch, Directeur de la Région PACA, organise une première réunion de travail avec l’APCEIS consacrée à un état des lieux concernant à la fois les manifestations et réalisations culturelles de la Région, les structures de production vidéo ainsi que les professionnels locaux. Au même moment, le Conseil de l’Europe réaffirme son soutien au projet du CEIS présenté par la France, la Belgique et le Royaume-Uni aux Assises Européennes de l’Audiovisuel, rampe de lancement d’Euréka Audiovisuel (Paris 30 septembre – 2 octobre 1989) et recommande le projet lors de là 16ème session de la Conférence Permanente des Ministres Européens de l’Education (Istanbul 10-13 Octobre 1989).

Le rapport que je remets au Ministre de la Culture, de la Communication, des Grands Travaux et du Bicentenaire au mois de Décembre 1989:

- Présente une analyse de la situation en France et en Europe de l’Education aux médias et de l’Initiation au langage de l’Image et des sons,

- Définit précisément les objectifs, le contenu et les méthodes du futur CEIS.

- Relate les présentations du projet par le Conseil de l’Europe, aux différents colloques, rencontres, séminaires européens traitant de l’Education aux media et de l’initiation aux langages de l’Image et du Son.

DEUXIEME ACTION DE PREFIGURATION DU CEIS AUDIOVISUEL ET PETITE ENFANCE
À la découverte du langage, des médias et des arts, de l’image et du son (Arles 10 -14 juillet 1991)

1 – Le choix du thème

Le thème de cette deuxième action de préfiguration du CEIS (Centre Européen de l’Image et du Son) Audiovisuel et Petite Enfance, à la découverte du langage, des médias et des arts l’image et du son, m’était dicté par la conviction qu’il faut commencer l’éducation à l’environnement audiovisuel « par le commencement » c’est-à-dire par la Petite Enfance, de la naissance à 7 ans.
Alors qu’un siècle après l’invention du Cinéma, cinquante ans après celle de la Télévision, l’Audiovisuel est devenu tout à la fois:
– Spectacle où se confondent réalité et fiction,
– Moyen d’information et de communication que renforcent l’Informatique et la Télématique,
– Nouvelle forme d’art,
– Nouvel outil de recherche, d’interventions scientifiques, médicales et militaires.
Il est devenu nécessaire de le prendre en compte dès la naissante de l’Enfant.
Face à l’omniprésence de l’écran, il est devenu indispensable:
– De porter à la connaissance des parents, des enseignants et des acteurs de la vie culturelle, les recherches, les expérimentations, les avertissements des chercheurs en sciences de l’éducation et en médecine
– De se demander quels rapports profonds, secrets, inconscients se tissent entre l’Enfant, son imaginaire, l’écran et le monde réel.
Il est devenu tout aussi indispensable de réfléchir, tant au niveau des Etats que des instances européennes, sur les méthodes pédagogiques et les moyens à mettre en oeuvre pour que l’Audiovisuel fasse partie des apprentissages fondamentaux, tout comme l’Oral et l’Ecrit, dès l’Ecole Maternelle.

2 – Contenu et organisation

Conçu en collaboration avec les coordinateurs des Etats déjà participants au projet du CEIS, Audiovisuel et Petite Enfance, proposait, du 10 au 14 juillet 1991 :
– Un séminaire de recherche et de formation, dont les travaux se déroulaient au Centre universitaire de l’Espace Van Gogh d’Arles
– Une programmation de films pour enfant : « la première semaine du Mej’Enfants », au cinéma Le Méjan/Actes Sud d’Arles
– Une exposition de travaux d’enfants et d’expériences pédagogiques relatives à l’image fixe et à l’image en mouvement, à l’Hôtel de ville d’Arles
– Un appel d’offre à projets conduisant au label CEIS.

Audiovisuel et Petite Enfance était organisé par l’Association de Préfiguration du Centre Européen de l’Image et du Son (APCEIS), sous l’égide du Conseil de l’Europe,

Avec l’aide :
- du Conseil de l’Europe,
– de la Communauté Européenne,
– d’Euréka audiovisuel,
– des instances ministérielles et territoriales françaises de l’Education, de la Culture, de la Recherche, de la Santé et de la Formation professionnelle,
– de la Municipalité d’Arles, du Conseil Général des Bouches -du-Rhône, de la Région PACA,

Avec la participation :
- des Instances Fédérales, Communautaires, Ministérielles ou Régionales de Belgique, Espagne, Italie, Portugal, Suisse, Tchécoslovaquie, URSS et Yougoslavie,

Avec le soutien :
- des sociétés Citroën, Kodak, Atelier Sud Vidéo, Vision actuelle et celui de France Culture.

3 – Le Séminaire

Le séminaire rassemblait plus de 180 participants, intervenants et formateurs en formation issus de 14 Etats Européens.
Les participant étaient sémiologues, sociologues, chercheurs en Sciences de l’Education, psychologues, psychanalystes, enseignants( de la Maternelle à l’Université) , inspecteurs ministériels des moyens audiovisuels d’enseignement, directeurs de centres de formation des enseignants à l’Audiovisuel, critiques de cinéma et de télévision, professionnels des métiers de l’image et du Son, responsables de circuits, de lieux et de programmation de diffusion cinématographique ( festivals, salles Art et Essai, médiathèque…) responsables de programmation « jeunesse »et « Télévision éducative » représentants de plusieurs chaînes de télévision européennes ( notamment Belges, Italiennes, Espagnoles et Tchécoslovaques), éditeurs de l’Ecrit et de l’Audiovisuel,( notamment les Editions Actes Sud), journalistes de la presse écrite et audiovisuelle, représentants d’association culturelles et d’associations de parents, et bien sûr, coordinateurs européens du CEIS et représentants politiques et institutionnels de certains Etats ainsi que des instances Européennes (Conseil de l’Europe, Eurimages, Commission Européenne).

Le séminaire se définissait comme une « confrontation des recherches et des expériences concernant l’Audiovisuel et l’Enfant de 0 à 7 ans » et se voulait être « préfiguration des modes de fonctionnement du CEIS, basé sur l’interaction permanente entre la recherche, la formation, l’éducation, la création et la production/diffusion de l’Audiovisuel ».

Il appuyait ses réflexions sur cinq thèmes principaux à caractère général et ouvert (un thème par journée) traités en séances plénières et en ateliers.
Le thème 1 : Environnement audiovisuel et développement affectif, intellectuel et social du petit enfant permettait de confronter quelques recherches, expériences européennes sur les relations entre médias audiovisuels, télévision, cinéma et l’Enfant : son imaginaire, sa perception du monde réel, de l’espace et du temps.
Le thème 2 : Images et sons et image de soi proposait les réflexions de professionnels de la Santé et des media sur le rôle des images prénatales, celui de la photo et de la vidéo familiales ainsi que de la caméra témoin, dans la construction de la personnalité, de la mémoire individuelle et collective.
Le thème 3 : Image de l’Enfant et Publicité opposait des fabricants de messages publicitaires aux éducateurs, mais permettait, à la lumière des expériences présentées, de montrer l’intérêt d’une éducation à la réception des messages publicitaires, et, corollairement, celui de l’initiation aux langages de l’Image et du Son.
Le thème 4 : Initiation aux langages de l’Image et du Son, éducation aux media audiovisuels, découverte et pratique des arts de l’image et du Son proposait , en séance plénière, des communications sur le fonctionnement du langage spécifique qu’est celui de l’Audiovisuel, ainsi que sur les relations qu’il entretient avec les autres moyens d’expression et de communication, et en ateliers, offrait, des présentations d’expériences pédagogiques relatives à l’initiation au langage audiovisuel, à son utilisation, ainsi qu’à la pratique artistique de l’image fixe ( la Photographie) et en mouvement ( le Cinéma et la Vidéo).
Le thème 5 : Des mots aux images et aux sons, de l’Audiovisuel à l’Ecrit et aux autres langages donnait la parole aux créateurs, producteurs et diffuseurs de l’Audiovisuel ( auteurs, producteurs réalisateurs de films et d’émissions de télévision, auteurs producteurs réalisateurs de films à destination des circuits institutionnels, commerciaux et indépendants). Ces professionnels mettaient l’accent sur la nécessité d’établir et de développer les relations entre le monde de l’Education de la Recherche, de la Création de la Production et de la Diffusion audiovisuelle, entre le monde de l’Ecrit et le monde de l’Audiovisuel. En conclusions, producteurs, diffuseurs, réalisateurs et utilisateurs des produits audiovisuels soulignaient l’intérêt qu’il y aurait à monter des co-productions européennes.

4 – La semaine de films pour enfants

La 1ère semaine du Méj’enfants apportait la dimension festive aux travaux du séminaire.
La programmation de la semaine avait été préparée par l’APCEIS, en collaboration avec le Cinéma Le Méjan/actes Sud, Kraki film, Madame Maria Benesova (Tchécoslovaquie) et Madame Nicole Salomon (France).

Cette programmation comprenait :
-  Sept films long-métrage dont le Roi et l’Oiseau de Paul Grimaud,Crin-Blanc et Ballon Rouge d’Albert Lamorisse, La fracture du myocarde de Jacques Fansten
–  Des programmes de films courts : films d’animation tchécoslovaques, chinois, hongrois, russes et français,
–  Un programme « Découverte du Monde » sur vidéodisque proposé par la médiathèque des enfants de la Cité de la Musique (Paris),
–  Un programme Emile Cohl, « le père du dessin animé », accompagné par la pianiste et compositeur Annick Chartreux.

Cette première semaine du « Méj’enfant » soutenue par le Rectorat d’Aix–Marseille et la Direction des Affaires Culturelles de la Région PACA accueillait 1500 enfants des écoles d’Arles et du département des Bouches-du-Rhône ainsi qu’un public parent-enfant de 1000 spectateurs, parmi lesquels, en soirée, les participants au séminaire.

L’exposition de travaux d’enfants et d’expériences pédagogiques (photos et vidéo), l’exposition et les visionements de travaux d’enfants et d’expériences pédagogiques (photos et vidéos) se tenait principalement dans le grand hall de l’Hôtel de ville d’Arles.

Tout près de l’entrée du hall, un stand présentait aux Arlésiens et aux participants européens les avantages du partenariat entre les ministères de l’Education et de la Culture, en ce qui concerne notamment l’initiation au langage de l’image et du son et l’accès à la culture cinématographique.

L’exposition de photos des élèves de l’école maternelle du quartier la Roquette d’Arles rendait compte de l’excellence d’une démarche pédagogique amorcée sous l’égide de l’Ecole Nationale de la photographie en 1982.

Cette démarche poursuivie, approfondie, théorisée par une équipe d’enseignants et un photographe professionnel était devenue pour le futur CEIS un terrain privilégié d’expérimentation concernant l’initiation à la photographie à l’Ecole pré-élémentaire ainsi que la formation à l’utilisation de la vidéo par des enseignants désireux de montrer et de transmettre leur expérience.

Une autre expérience pédagogique était également mise en valeur: celle du laboratoire expérimental d’initiation à la céramique et à l’audiovisuel de la ville de Ferrare (Italie).

À Ferrare, l’initiation des enfants à l’image photographique est faite en relation avec leur initiation aux arts traditionnels de l’image (peinture, dessin, sculpture). Elle révèle l’expression du regard que les enfants portent sur leur environnement urbain ainsi que sur les éléments naturels qui s’y trouvent encore (l’eau, le feu, l’air, la terre.).

5 – Le Label CEIS

Le label CEIS, qui devait aider les auteurs, réalisateurs, producteurs, à trouver les moyens de réaliser leur projet, était décerné par un jury composé de : Maria Benesova théoricienne et pédagogue tchèque, Aline Dhavré, chargé de mission à la médiathèque de Belgique, Ivan Ivic, professeur à la faculté de philosophie de Belgrade (Yougoslavie), Paulette Magnenat, productrice à la Radio télévision Suisse Romande, Père Ettoré Segneri, membre du comité des experts gouvernementaux pour le Cinéma du Conseil de l’Europe et Président du Centre Culturel Salésien (Saint-Siège).
Ce label faisait suite à un appel d’offre à projets lancé au mois de janvier 1991 et auquel 29 auteurs, réalisateurs ou producteurs avaient répondu.
Il fut décerné à deux projets.
- « Les Z’animaux », série de 52 films de 3’ en 16 mm (auteur Daniel Chérix, réalisateur Patrick Leroy, compositeur Thierry Fervant, production Suisse et Robi Engler)
- « Les animaux musiciens », série de 26 films de 3’ en vidéo (auteur Marc Giraud, réalisateur Laurent Bounoure, compositeur Pierre Meige, production française (Barbara productions).
Un Video-livre, en version bilingue (Français et Anglais). Ce Vidéo-livre, préparé par les organisateurs du séminaire (Sandra Joxe, Philippe Freling, Anne Luthaud, Catherine Lecoanet, Claude Brunel) et les interprètes du Conseil de l’Europe (Isabelle Machini, Marianne Revah, William Worsdale), rendait compte de cette deuxième action de préfiguration du CEIS.
Edité par les Editions Actes Sud, il comportait deux livres et une cassette vidéo. Il proposait différentes «entrées » pour des lectures interactives.
Le livre 1 :
Entrée « Actes du séminaire» présentait en style direct et en version bilingue, les cinq journées de communications et de débats des séances plénières.
Le livre 2 :
Entrée «Communications écrites et comptes-rendus des ateliers »
proposait, en Français ou en Anglais, les communications écrites in extenso et les comptes-rendus des travaux en atelier des chercheurs, pédagogues, médecins et professionnels de l’image et du Son.
La cassette vidéo:
« de l’Image fixe à l’image animée » (26’, VHS, Pal ou Secam) montrait et démontrait le processus pédagogique d’une expérience d’initiation à la photographie d’enfants de 3 à 6 ans, à travers la réalisation d’un document conçu, filmé et monté par l’équipe d’enseignants de l’Ecole Maternelle de la Roquette d’Arles, avec l’aide de professionnels de l’Image et du Son.

Afin de faciliter l’interactivité entre les livres et la cassette vidéo, il était indiqué en fin de chaque communication orale du livre 1, la référence au livre 2 (cf. com.livre II, p…) et pour chaque texte du livre 2, la référence au livre 1 (cf com.livre 1, p….) ainsi qu’à la cassette VHS.
Les photos illustrant les couvertures de ce Vidéo livre avaient été faites par les enfants de l’Ecole Maternelle de la Roquette.

Conclusions et conséquences de la deuxième action de préfiguration

Le nombre et l’enthousiasme des participants, la chaleur des remerciements, l’atmosphère passionnée,(quelques fois passionnelle) des débats me conduisaient et me conduisent à penser que les thèmes choisis, la façon de les traiter, répondent à des besoins :
- Besoins de connaître le monde omniprésent de l’Audiovisuel dans toute sa complexité
- Besoins de confronter sa recherche, son expérience à d’autres recherches et expériences parallèles, différentes et complémentaires.
Besoins de prolonger la réflexion et les échanges qu’à permis ce premier séminaire européen consacré à l’Audiovisuel et à la Petite Enfance
- Besoins de formations adaptées aux préoccupations des spécialistes de la petite Enfance.
- Besoins d’une « banque de données » européenne permettant la connaissance et le partage des recherches, des expériences concernant l’Audiovisuel, destinée aux acteurs de l’Education, de la Culture, de la Formation et de la Santé.
- Besoins de productions européennes de films destinées à la petite Enfance.

Afin de tenter de répondre aux besoins exprimés par les participants, il était proposé :

- La mise en place d’un groupe de travail européen chargé de la conception de nouveaux séminaires et de stages de formation organisés à partir de chacun des 5 thèmes abordés
- La mise en place d’un groupe de travail chargé de préparer la banque de données du CEIS.
D’ors et déjà les communications et les confrontations d’expérimentations et d’expériences permettaient de préciser que:
- La télévision n’est pas seule responsable des comportements de violence et d’agressivité, de confusion entre monde réel et monde imaginaire, de perte de d’identité du jeune enfant ; le milieu familial, l’absence de relations affectives, la non possibilité de verbalisation et d’expression dans des disciplines telles que les Arts plastiques ou la Musique, le sont tout autant.
- La publicité, même si elle utilise l’Enfant à des fins commerciales, peut devenir objet d’éducation : l’efficacité de ses couleurs, de ses formes , de ses procédés de prise de vue et de montage peut être utilisée dans l’initiation au langage des images et des sons ; l’analyse des stéréotypes qu’elle véhicule peut être faite sur le mode humoristique, fantastique, et désamorcer ainsi les effets de nivellement des consciences qu’elle entraîne.

Dans l’éducation à l’Audiovisuel du jeune enfant, tous les aspects de l’Audio et du Visuel doivent, d’une part, s’inscrire dans des relations permanentes avec les apprentissages fondamentaux, les autres modes d’expression, de communication que sont la Parole, l’Ecrit les disciplines artistiques, et d’autre part, relever de techniques d’apprentissage, de méthodes pédagogiques spécifiques.

L’éducation du jeune enfant à l’Audiovisuel doit considérer l’Audiovisuel comme :
- Un langage de l’image et du son, moyen d’expression et de communication, moyen de transmission des savoirs et des cultures.
- Un Media (moyen d’émettre des messages fabriqués par une minorité à destination d’une majorité de consommateurs).
- Un Art de l’image fixe et en mouvement (la Photographie, le Cinéma, la Vidéo).

L’éducation du jeune enfant à l’Audiovisuel ne saurait être faite sans une formation pratique et théorique de ceux chargés de son éducation. Dans la foulée et l’euphorie de « Audiovisuel et petite Enfance », l’APCEIS et le cinéma Le Méjan/Actes Sud poursuivaient leur collaboration en présentant dans le cadre de « Ciné Mémoire » la deuxième semaine du Mej’enfants ’ »(21-27 octobre) et « une soirée exceptionnelle de cinéma à l’Abbaye de Montmajour (25 octobre).

En inscrivant la deuxième semaine du Mej’enfants dans le cadre de Ciné Mémoire, manifestation internationale vouée notamment aux films retrouvés et restaurés, l’APCEIS et le Méjan associaient les enfants, les adolescents et les adultes arlésiens à la redécouverte de l’histoire du cinéma à travers une sélection diversifiée de films exemplaires.
La programmation retenue présentait un choix de films allant de Charlot policeman (Charlie Chaplin 1915) à Ivanhoé (Richard Thorpe, 1951), en passant par Sherlock Junior (Buster Keaton, 1924), l’Homme invisible (J. Whale 1933) ou Un chapeau de paille d’Italie (René Clair, 1933).
Les projections étaient accompagnées d’animations, de rencontres, de conférences destinées soit aux jeunes publics, soit à leurs éducateurs (enseignants et animateurs culturels). La semaine se déroulait grâce à l’aide du CNC et aux collaborations de la Direction Régionale des Affaires Culturelle et du Rectorat d’Aix –Marseille.

En organisant une soirée exceptionnelle de cinéma dans le lieu prestigieux de l’Abbaye de Montmajour avec la projection du film muet de Tourjansky Michel Strogoff (1926) accompagné par le pianiste et compositeur Jean Marie Sénia, l’APCEIS et Le Mejan entendaient mettre en valeur l’action de la Fondation Gan pour le cinéma dont le soutien avait permis la restauration du film et l’organisation de la soirée, avec l’aide de la Caisse des Monuments Historiques et des sites ainsi que celui de la Cinémathèque Française.
Au niveau européen, la réussite de la deuxième action de préfiguration du CEIS avait pour conséquence l’inscription du projet du CEIS au programme 1992 du Conseil de la Coopération Culturelle du Conseil de l’Europe.

 Par Claude BRUNEL

TROISIEME ACTION DE PREFIGURATION DU CEIS
Audiovisuel et Nouvelles technologies, Culture, Education, Formation, quels outils pour quels usages ?
(Arles 1-5 Juin 1992).

Préfigurant, tout comme Audiovisuel et petite Enfance, les modes de fonctionnements du CEIS, Audiovisuel et Nouvelles technologies, Culture Education, Formation, quels outils pour quels usages ?  permettait de réaffirmer ce que serait le Centre Européen de l’Image et du Son (le CEIS).

1 – Contenu et objectifs:

La troisième action de préfiguration du CEIS proposait cinq journées de réflexion trans-disciplinaire sur les caractéristiques, les enjeux économiques, sociaux et culturels du développement exponentiel de l’Audiovisuel, de l’Informatique et de la Télématique.

Cette réflexion, basée sur une approche scientifique, technique, économique et artistique du phénomène, s’appuyait sur le fait que la rencontre entre Audiovisuel, Informatique et Télématique engendrait :

- l’omniprésence de l’écran et la multiplication de ses usages,
– la diversification et la miniaturisation des matériels
– de nouveaux langages, de nouvelles expressions artistiques
– des systèmes de communication multimédia
– le décloisonnement des champs disciplinaires et l’émergence de nouvelles pédagogies
– la notion d’apprentissage permanent.

 Cette troisième action de préfiguration soulignait que face à ce développement exponentiel, il était urgent

- de donner à chaque citoyen européen les possibilités de comprendre, de maîtriser les nouveaux outils de la pensée
– de former des professionnels de tous secteurs capables d’utiliser dans leur domaine l’Audiovisuel et les systèmes de communication multimédia.
– De renforcer les échanges et les collaborations entre concepteurs, diffuseurs et utilisateurs européens des productions et des matériels.

2 – Les participants :

Doté d’un Comité scientifique et artistique composé de :

- Jean Audouze, Conseiller technique à la Présidence de la République et Président de l’Agence Jules Verne.
– Jean-Michel Arnold, Directeur du CNRS Image Média et Directeur de l’Agence Jules Verne
– Jean Claude Carrière, scénariste et Président de la FEMIS
– Michel Fano, compositeur, Président de la Commission Supérieure Technique, directeur du département Son de la FEMIS,
– Roger Odin, Professeur des Universités (Université de Paris Sorbonne Nouvelle)
– Docteur Charles Mérieux, Président de la Fondation Marcel Mérieux

Audiovisuel et Nouvelles technologies, Culture, Education, Formation, quels outils pour quels usages ? était conçu et organisé par la délégation générale de L’APCEIS.
Avec l’aide :

- du Conseil de l’Europe, de la Communauté Européenne, d’ Euréka audiovisuel,
– du ministère Français de l’Education Nationale et de la Culture (CNC : Centre National de la Cinématographie, DDF : Délégation au Développement et aux Formations, CNMHS : Caisse Nationale des Monuments et des Sites,  DAP : Délégation des Arts Plastiques)
– des ministères Français de la Communication, de la Recherche et de l’Espace, de la Défense, du Travail de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, des Affaires Sociales, des Affaires Européennes,
– du Centre National de la Recherche Scientifique Image Media
– des ministères de la Communication, de la Culture, de la Politique Scientifique de la Communauté Française de Belgique,
– du Ministère de l’Education, de la Culture et des sports d’Autriche,
– de la Generalitat de Valencia ( Espagne),
– de la Ville d’Arles, du Conseil Général des Bouches-du-Rhône, du Conseil Régional PACA.
Avec la collaboration :
– de la FEMIS, ( Fondation Européenne des Métiers de l’Image et du Son),

- du Cinéma Le Méjan/Actes Sud,
– de l’Ecole Nationales de la Photographie,
– de l’IRCAM ( (Institut de Recherche et Création des Arts Musicaux)
– de l’ENSAD ( Institut National Supérieur des Arts Décoratifs),
– du CNDP ( Centre National de Documentation Pédagogique),
– de l’INRP ( Institut National de Recherche Pédagogique),
– de la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette,
– du Centre Universitaire Van Gogh, du Goethe Institute, de l’Institut culturel Italien de Paris, de l’Université de Londres, de la Médiathèque de la Communauté Française de Belgique.

Aux côtés des partenaires institutionnels, de nombreuses entreprises, parmi lesquelles, France Télécom, Apple Computer France, IBM, Olivetti, Philips, Sony, Sega, Kodak, les Editions Actes-Sud, Silicon-Graphics, RTL Productions, Ex-Camera (Groupe Thomson), Numéra, Mikros Image, ) apportaient une efficace contribution tant dans le domaine de la réflexion que dans celui de la présentation et de l’utilisation de l’Audiovisuel et des nouvelles technologies, tant dans les secteurs de l’Education, de la Culture, de la Formation, de la Recherche, que dans ceux de la Santé, de la Création et de la Communication.

Cette troisième action de préfiguration était rendue possible grâce au travail énorme de toute l’équipe parisienne et arlésienne de L’APCEIS, grâce aux compétences aussi étendues que diversifiées, aux relations personnelles de ses membres : Claude Brunel, Catherine Lecoanet, Christine Barsse, Sandra Joxe, Livia Adinolfi, Chantal Duchet, Marc Ceccaldi, Daniel Saint-Lary, Elsje Goyvaerts, Chantal Franco et Jean Pierre Moritze.

3 – Programme des cinq journées

Audiovisuel et Nouvelles technologies, Culture, Education, Formation. Quels outils pour quels usages? proposait :

- Un séminaire avec conférences/débats, ateliers, et commissions spéciales
– Une semaine de manifestations culturelles
– Un glossaire «  Audiovisuel et Nouvelles technologies » avec texte et disquette, élaboré par Michel Agnola.
– Un appel d’offre à projet et le label CEIS

Le Séminaire accueillant plus de 200 personnes rassemblait :

- des intervenants, spécialistes de l’Audiovisuel et des nouvelles technologies, chercheurs, universitaires,  techniciens, formateurs, industriels, artistes
– trente stagiaires européens sélectionnés sur dossier, issus des systèmes éducatifs, des réseaux culturels, des centres de formation professionnelle, des lieux de création, de production et de diffusion,
– des représentants des institutions régionales, nationales et européennes.

Il proposait des conférences-débats et des ateliers.
Les conférences-débats étaient ouvertes à tous les participants et se déroulaient, le matin, à l’espace Van Gogh.
Dirigées par le philosophe Alain Renaud elles proposaient des communications, des comptes-rendus d’expérimentation, des tables rondes,  réunissant autour d’une même problématique des spécialistes d’horizons différents.
Les ateliers «  Formation » et « Fabrication » étaient réservés aux stagiaires et se tenaient les après-midi dans la Chapelle Saint Martin du Méjan située à coté du Cinéma Le Méjan.

Conduits par des « maîtres d’atelier », ils permettaient l’accès aux outils (démonstrations, manipulations), ainsi qu’à des expériences en cours (groupe de travaux autour d’un même outil, conférences « transversales », échanges individuels).
Les ateliers « formation » étaient centrés sur les problématiques liées à l’utilisation de l’Audiovisuel et des nouvelles technologies dans l’enseignement, la formation et la diffusion culturelle. Ils répondaient aux besoins spécifiques exprimés par les stagiaires au moment de leur inscription et couvraient des champs disciplinaires tels que « langue maternelle et langues étrangères », « Architecture et Urbanisme », Médecine et Biologie », «Arts plastiques et Photographie », « Musique », « Littérature et spectacle vivant », « Cinéma et Audiovisuel »  « Histoire et Archéologie », ou bien encore «  Formation continue et Communication dans l’entreprise »

Les ateliers « Fabrication » (un atelier « Son » et un atelier « Image ») donnaient aux stagiaires la possibilité d’expérimenter quelques nouvelles techniques de création de l’image et du son. À chacune des cinq journées correspondait un thème spécifique.

La première journée, présidée par Jean Audouze et Pierre Baqué, était intitulée « l’état des lieux ».
Elle permettait , notamment, à Thierry Gaudin, directeur du Centre de Prospective et d’Evaluation du Ministère Français de la Recherche et de la technologie, de présenter « l’Histoire et les prospectives des nouvelles technologies », à Thierry de Smet , Docteur en Communication de l’Université de Louvain ( Belgique), de traiter de «  L’émergence d’un nouvel espace-temps induit pat les nouvelles technologies », ou bien encore à l’architecte Paul Chemetov, de poser la question des rapports entre la présentation des projets architecturaux et urbanistiques en images de synthèse parfaites et luxueuses et la réalité souvent décevante de leur réalisation.

Cette première journée permettait également à Elena Braun, Directeur adjoint d’Euréka Audiovisuel, et à Jean Claude Delmas, Délégué TVHD du groupe France TELECOM, d’aborder la TVHD « à l’heure des programmes » , à Nadia Telmann, informaticienne, professeur à l’Université de Genève, de se pencher sur « Les imaginaires numériques ». et à Robert Le Corvec, directeur de France TELECOM du département des Bouches- du- Rhône, de présenter « Numéris  : un support de communication universelle qui allie sons, données et images .
Une table ronde composée notamment de Sigfried Hermann directeur de l’institut de la recherche scientifique sur les media ( Vienne, Autriche), Pierre Hénon, Directeur de l’Atelier d’image et d’Informatique de l’ENSAD ( France), Suzette Ghodsi-Josse , inspectrice des moyens audiovisuels au ministère de l’Education Nationale de la Communauté Française de Belgique, Gabriel Belotti, de la faculté d’architecture de Milan, Carol Lorac de l’Université de Londres ( Grande Bretagne), traitait du problème de «  L’accès et l’utilisation de l’Audiovisuel et des nouvelles technologies dans les systèmes éducatifs et les lieux de formation et de diffusion culturelle »

La matinée de la seconde journée, intitulée « Du Cinéma d’Eisenstein à l’audiovisuel numérique et aux univers virtuels » était présidée par René Berger, expert à l’UNESCO et Président de l’Association Internationale des critiques d’Art, et par le compositeur Michel Fano.

Tandis que le philosophe Alain Renaud abordait le problème de « la continuité et des ruptures entre le Cinéma et l’imaginaire numérique », Philippe Queau, Directeur du département Prospective à l’I N A, traitait « de l’Image analogique à l’image numérique » , Philippe Manoury , compositeur et Miller Pucket informaticien à l’IRCAM « du Son acoustique au son numérique », Maurice Prost , PDG de Mikros Image présentait et analysait le travail effectué par l’infographiste Eve Ramboz, sur le film « Prospero’s book de Peter Greenaway.

L’après-midi, dans le cadre des ateliers « formation », les maîtres d’atelier Alain Chaptal, Directeur de l’ingénierie éducative au CNDP (France), Don Foresta, professeur à l’ENSAD (France), Peter Eusler (journaliste et producteur – Autriche), Suzette Ghodsi inspectrice des moyens audiovisuels au ministère de l’Education de la Communauté française de Belgique donnaient une conférence transversale consacrée « aux usages des réseaux et à la complémentarité des outils ».

À cette conférence transversale succédaient trois ateliers :
– Le premier abordait l’utilisation du CDROM et du CDI dans l’apprentissage de la langue maternelle et des langues étrangères, dans la pratique de la littérature et du spectacle vivant, dans la formation continue en entreprise ;
– Le second traitait de l’utilisation du Vidéodisque interactif dans le champ de l’architecture et de l’urbanisme, de la géographie et de la cosmologie, de l’histoire et de l’archéologie,
– Le troisième permettait l’expérimentation de logiciels liés à la Médecine et à la Biologie, à la Musique, aux Arts plastiques, au Cinéma et à l’Audiovisuel.

Dans le cadre des ateliers « fabrication », les maîtres d’atelier, dont Benoit Labaye, Directeur général de Neurones cartoon (Belgique), les cinéastes Danielle Nyst, Jean Louis Nyst (Belgique) et Yves Gautier (France animaient une conférence transversale intitulée « les problématiques de création induites par les nouvelles technologies »

Puis les stagiaires se répartissent dans les ateliers « image » : (atelier Image 3D, atelier Palette graphique, atelier Macintosh, atelier Caldera, atelier Silicon Graphics..) ou dans les ateliers « son »(atelier IRCAM, atelier Numera).

Une Commission spéciale confiée à la chorégraphe et directrice de l’IPMC (Institut de Pédagogie Musicale et Chorégraphique) Dominique Dupuy permettait à des chorégraphes, des compositeurs, des historiens de la danse, de mettre en valeur l’apport de l’outil multimédia interactif dans l’apprentissage du geste et la scénaristique chorégraphique.

La matinée de la troisième journée intitulée « Virtualité et facteurs humains » était consacrée au rapport entre le monde virtuel et celui des humains.
Présidée par le Docteur Charles Mérieux et Jean Michel Arnold, cette matinée montrait les avantages, les limites et l’évolution de l’Imagerie dans les domaines de la Santé et de la Défense.
Tandis que le Professeur Patrick Madelat, gynécologue obstétricien (hôpital Bichat Paris), parlait de « vérités et mensonges  » à propos de l’imagerie scientifique, le Docteur Levaillant, gynécologue échographiste à l’hôpital de Créteil (France) taxait l’échographie tridimensionnelle de « miroir déformant des outils de la communication », mais tous deux s’accordaient à souligner l’importance de l’imagerie médicale dans la recherche, la chirurgie, la médecine préventive et prédictive, l’influence de son développement sur les équipements hospitaliers et la formation du corps médical.

Le Docteur Santucci du département Recherche du Ministère de la Défense et Patrice Roux, chargé de la prospection à la SOGITEC (groupe Dassault Aviation) démontraient le rôle moteur des industries de la Défense dans l’innovation technologique tant dans le domaine de l’image de synthèse que dans celui de la création des mondes virtuels, en même temps qu’ils soulignaient la nécessité de mettre, face à la sophistication technologique, la primauté du facteur humain.

La dernière intervention de la matinée, celle de Francis Pichault, Directeur du laboratoire d’études sur les nouvelles technologies de l’information et de la Communication et les industries culturelles à l’université de Liège (Belgique) portait sur la façon dont les relations dans l’entreprise étaient transformées par les nouvelles technologies et notamment comment elles introduisaient de nouvelles donnes dans les rapports au pouvoir.

L’après-midi, après avoir suivi une conférence transversale sur les usages du vidéodisque dans le domaine de la recherche et de la pédagogie en imagerie médicale, donnée par le professeur Jean Claude Lamielle de l’hôpital Pitié Salpêtrière (Paris) et Henri Louis Poirier de la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette, les stagiaires retournaient poursuivre leurs manipulations et expérimentations dans leurs ateliers respectifs.
Parallèlement une commission spéciale, présidée par le Docteur Charles Mérieux, permettait aux Docteurs Jean Marc Levaillant et Jacques Bady de présenter leur projet d’une banque d’images médicales qui serait abritée par le CEIS.

La quatrième journée, intitulée « Arts, Culture, Education et Multimédia » était présidée par Alain Auclaire, Directeur général de la Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites (CNMHS) et Hubert Nyssen, écrivain, fondateur des Editions Actes Sud. La matinée permettait au cinéaste autrichien Titus Leber de présenter son « musée imaginaire interactif », à Sylvie Merviel (Valenciennes, France) sa « visite virtuelles guidée du musée » à Jean François Depelsenaire (ENSAD, Paris), d’aborder la question de « la gestion documentaire des collections publiques de l’Art du XXéme siècle : le videomuseum.

Elle permettait également à Christian Delecourt, Président d’Euro CD France,  au journaliste Didier Desormeaux, responsable de la formation à FR3,  de poser la question des nouvelles approches pédagogiques qu’impliquaient l’existence et l’utilisation de l’Audiovisuel et des nouvelles technologies, tant dans les domaines de l’Education, de la formation que dans celui de la diffusion culturelle et de la Santé.
L’après-midi était consacrée, après la tenue d’une conférence transversale traitant des usages du CD ROM et du CDI,  à la poursuite des activités dans les différents ateliers.

La cinquième journée, présidée par Gaetano Adinolfi, secrétaire général adjoint du Conseil de l’Europe et Président d’Eurimages, était consacrée aux «  enjeux économiques et enjeux culturels »
Après avoir souligné l’importance et la nécessité d’une formation des professionnels européens de l’Image et du Son face aux nouvelles exigences du marché et des publics, différents intervenants mettaient en lumière les difficultés qu’auront à surmonter les fabricants européens de l’électronique «  grand public » face à la concurrence japonaise,.Ils insistaient sur l’urgence de la prise en compte par les créateurs, les producteurs et les diffuseurs de l’audiovisuel et des nouvelles technologies européens, des besoins des publics et des lois du marché.
Après avoir évoqué le rôle des medias de mass et en premier lieu celui des télévisions, soumis au double discours de l’idéologie technique et de l’idéologie politique, mais garants de la démocratie,  Dominique Wolton, Directeur du laboratoire Communication et Politique du CNRS ( France) mettait en garde contre un engouement intempestif pour la « nouveauté qui n’est pas forcément un gage de qualité ».
Enfin, dans son intervention de clôture, Ricardo Petrella, Directeur des Nouvelles technologies auprès de la Communauté Européenne, mettait en évidence le fait que l’Audiovisuel et les nouvelles technologies, porteurs de nouvelles valeurs,  impliquaient la mise en place de nouvelles stratégies d’Information, de Communication, d’Education,  de Production et de Diffusion culturelles.

4 – Les manifestations culturelles.

Indissociable du séminaire, la semaine de manifestations culturelles proposait :
– des visioconférences interactives entre Paris et Arles,
–  des retransmissions par satellite de manifestations en TVHD,
– des projections de films, des expositions de photos et des concerts.
Lors de la soirée inaugurale, qui se déroulait dans l’Abbaye de Montmajour, les participants :
– assistaient à la conférence de présentation de la borne interactive «  Allo musique «  de Claire Renard, compositeur et commissaire de l’exposition «  Allo musique » au Centre Georges Pompidou (Paris),
– assistaient à la visioconférence donnée par le professeur d’histoire de l’Art,  Léon Pressouyre : l’Espace monastique,
– assistaient à la projection, sur écran géant du film de Wim Wenders : Jusqu’au bout du monde.

Du mardi au vendredi, toutes les projections cinématographiques, vidéographiques, les visioconférences et retransmissions par satellite en TVHD se déroulaient dans les trois salles du cinéma Le Méjan/Actes Sud, avec l’étroite collaboration des gérants du cinéma : Jean Pierre Moritze et Chantal Franco.
Tandis que dans la salle I étaient projetés  : Prospero’s book de Peter Greenaway, Terminator II de James Cameron, l’Orchestre de Z Rybczynski, Europa de Lars Von Trier, et en soirée de clôture une rétrospective des œuvres de Titus Leber, parmi lesquelles les
«  Kindertotenlieder » de Gustave Malher, « Anima  la symphonie fantastique »  d’Hector Berlioz, et le vidéodisque interactif : « Mozart interactif », en salle 2, alternaient visioconférences et projections vidéographiques.
Les visioconférences proposaient :« le Bain turc de Ingres » analysé par Laurence Tardy de l’Ecole du Louvre, Van Gogh à Arles présenté par la conférencière des musées nationaux, Véronique Zeller, ou bien encore, en direct du studio Télémuseum de Paris, «  La visiophonie pour l’enseignement à distance en direction des enfants hospitalisés »par le Docteur Francis Haultcoeur.

La programmation des projections vidéographiques, intitulée « Vidéo Art, cartes blanches à » avait été confiée à des chercheurs, artistes, pédagogues, spécialistes des nouvelles technologies de l’Image et du Son, tels Jean Michel Arnold( CNRS et Image Media), Jacques-Louis et Danièle Nyst ( vidéastes belges), Philippe Quéau (Imagina), Pierre Hénon ( ENSAD), Laura Bonora ( Centre Vidéo arte de Ferrare , Italie), Benoît Labaye ( Neurones cartoon), Pierre Bongiovani (CICV de Montbeliard, France), Giuseppe de Rosa ( Festival Vidéo de Taormine), Eric Le Moal ( Heure Exquise, France) et Eric de Neuville ( l’Etage, France).

La salle 3 était réservée, pendant toute la semaine, de 11 heures à 20 heures, à la retransmission par satellite en TVHD, des internationaux de France de tennis de Roland Garros ; cette retransmission étant offerte par France Télécom.
Poursuivant leur action d’éducation en direction des enfants et des adolescents d’Arles, l’APCEIS et le Cinéma Le Méjan/Acte Sud organisaient pendant toute la semaine des séances scolaires avec animations qui proposaient, aux cotés des films, des extraits des programmes «  cartes blanches », une sélection de documents venant de la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette, Paris).
À ceci s’ajoutaient, dans la Chapelle Saint Martin du Méjan, des séances de découverte, de sensibilisation à la pratique du vidéodisque interactif, des CDROM/CDI, des logiciels et des jeux vidéo.
Enfin l’Abbaye de Montmajour accueillait trois expositions de photographies, celles des photographes Rémy Poinot et Yves Francisque ainsi que celle de l’informaticien photographe, Patrick Desvergne.

4 – Le Glossaire
Le glossaire de Michel Agnola, remis aux participants du séminaire ainsi qu’au public du Méjan /Actes Sud, permettait à chacun de vérifier ses connaissances concernant le vocabulaire « Audiovisuel et nouvelles technologies »

5 – Le Label CEIS
Le label CEIS fut attribué par un jury composé d’experts, d’artistes et de pédagogues à Béatrice Poirier pour son projet «Villes invisibles».


6 – Conclusions de la troisième action de préfiguration du CEIS.

Les communications, les comptes-rendus d’expérimentations des séances plénières, les conférences transversales et les commissions spéciales, ainsi que les réflexions et échanges qu’avaient fait naître et se développer les ateliers et les manifestations culturelles permettaient de confirmer :

- Le développement exponentiel et rapide de l’Audiovisuel et des nouvelles technologies.
– L’omniprésence de l’écran, l’émergence d’un monde virtuel aux cotés du monde réel et la transformation de la notion d’Espace-temps.
– L’apparition et le développement de nouveaux modes de communication, de nouvelles formes d’art, de recompositions inattendues des champs disciplinaires.
– Le rôle moteur des industries de la Défense dans l’innovation technologique en
matière d’images de synthèse et de mondes virtuels.
– Le développement de l’imagerie médicale dans la Recherche, la Chirurgie, la Médecine préventive et prédictive
– La nécessité pour les Européens de développer la fabrication, la production et la diffusion des outils, des programmes et des produits relatifs à l’Audiovisuel et aux nouvelles technologies.
– La nécessité d’une éducation généralisée au langage de l’Image et du Son en liaison avec les autres apprentissages dits fondamentaux (l’Oral et l’Ecrit), ainsi qu’à l’utilisation des outils de l’Audiovisuel et des nouvelles technologies, ceci, afin d’écarter le danger de manipulation du plus grand nombre par une minorité détentrice des moyens d’information et de communication.
– La nécessité d’une formation initiale et continue à l’utilisation de l’Audiovisuel et des nouvelles technologies pour tous les professionnels de l’Education, de la Santé, de la Diffusion cultuelles, mais aussi de l’Industrie et du Commerce.
– La perspective de la jonction prochaine entre l’écran télévision, l’écran informatique et l’écran télématique, ce qui permettra sans doute de passer de la passivité (on regarde, on entend, on absorbe les messages) à celui de l’activité (on choisit quels messages, quel contenu, quelle forme, on transforme, on adapte, on enrichit).

Les remerciements chaleureux, les nombreuses lettres et rapports adressés à L’APCEIS dans les mois qui suivirent cette troisième action de préfiguration du CEIS montraient combien avaient été appréciés :

- La transdisciplinarité de la réflexion à l’approche à la fois théorique, scientifique, esthétique et économique.
– La diversité des participants venus d’horizons aussi différents que l’Université, les centres de recherche scientifique et technique, le milieu hospitalier, la Défense, la production / diffusion de l’Audiovisuel et des nouvelles technologies, les circuits institutionnels européens et régionaux de diffusion culturelle
– La variété et le haut niveaux des interventions, qu’il s’agisse des communications théoriques, des interventions en table ronde ou des comptes-rendus d’expériences.
– Le nombre des nouvelles technologies et de leurs applications présentées dans des champs aussi divers que la Médecine, l’Apprentissage des langues vivantes, l’Architecture et l’Urbanisme, la conservation du Patrimoine, la Création photographique, cinématographique et musicale.
– La présence des technologies de pointe illustrée par les retransmissions en Télévision Haute Définition, ainsi que les visioconférences.
– La possibilité de s’informer, de manipuler à partir de la présentation des matériels et des produits faite par les fabricants eux -mêmes ainsi que par leurs utilisateurs.
– La possibilité dans les ateliers Image et Son de suivre un véritable mini stage de formation.
– La dimension artistique et culturelle apportée au séminaire par les projections cinématographiques et vidéographiques.

Ces messages exprimaient aussi le désir de prolonger cette première réflexion européenne concernant l’Audiovisuel et les nouvelles technologies par d’autres séminaires plus pointus, ou d’autres stages de formation répondant aux besoins spécifiques des différentes professions.
Plusieurs entreprises déclaraient vouloir apporter leur collaboration au CEIS , tel Caldera System qui offrait sa participation à une conception de stages de formation à l’image numérique, Apple France qui proposait de lancer, en accord avec l’Inspection académique des Bouches-du-Rhône, une expérimentation concernant l’Audiovisuel et l’ordinateur à l’Ecole Maternelle de la Roquette d’Arles, ou bien encore Philips France qui renouvelait sa proposition de co-conception avec le CEIS, de nouveaux « outils culturels »

L’APCEIS – Association de Préfiguration du Centre Européen de l’Image et du Son- crée en